Covid-19 : à Créteil, au cœur de la plus grande usine de déchets contaminés d’Europe

Une usine de Créteil (Val-de-Marne) réceptionne les deux tiers des détritus infectés des hôpitaux franciliens. Nous l’avons visitée. Depuis le début de la deuxième vague, l’activité grossit à vue d’œil.

 Depuis la fin septembre et le début de la deuxième vague de coronavirus, environ 60 tonnes de déchets hospitaliers arrivent chaque jour dans cette usine de traitement.
Depuis la fin septembre et le début de la deuxième vague de coronavirus, environ 60 tonnes de déchets hospitaliers arrivent chaque jour dans cette usine de traitement. LP/Fred Dugit

C'est un va-et-vient incessant que le confinement n'a pas ralenti. Les uns après les autres, les bennes à ordure et autres camions chargés de déchets se croisent ce vendredi matin au rythme d'une fourmilière dans l'immense centre de traitement de déchets de Créteil (Val-de-Marne). Au cœur de ce mastodonte d'acier, trois immenses fours tournent en permanence pour traiter nos ordures ménagères. Mais c'est aussi ici que les deux tiers des déchets franciliens issus des « activités de soins à risques infectieux » sont accueillis.

Seringues, compresses, blouses usagées… Habituellement, l'usine en incinère 40 à 50 tonnes chaque jour, y compris le week-end. Mais depuis la fin du mois de septembre, les conteneurs jaunes remplis de déchets hospitaliers s'entassent à hauteur de 60 tonnes quotidiennes au niveau du quai de réception. Fin septembre? Juste au moment où la deuxième vague de Covid-19 a commencé à monter. « En avril, au moment du premier pic de l'épidémie, nous étions montés à 90 tonnes par jour », se souvient Marie-Christine Viratelle, la directrice du site géré par le groupe Suez.

L'entreprise compte 7 usines en France habilitées à recueillir les déchets des hôpitaux, Ehpad et laboratoires d'analyses médicales. D'autres sites en France ont la même activité mais le centre de Créteil est considéré comme le plus grand en Europe. C'est ici que les déchets hospitaliers provenant du traitement du premier patient parisien atteint du Covid-19 ont été réceptionnés.

Eviter les contacts au maximum

Pour éviter de toucher les compresses, blouses, seringues… les opérateurs les manipulent avec des robots. LP/Fred Dugit
Pour éviter de toucher les compresses, blouses, seringues… les opérateurs les manipulent avec des robots. LP/Fred Dugit  

Masque FFP3 sur le visage, lunettes de protection et mains gantées, Marc, chef de quai, supervise les opérations du jour. Dans des chariots à roulettes, les matières infectieuses sont soit emballées dans des sacs plastiques pour les blouses, masques, gants et autres pansements contaminés, soit dans des cartons hermétiques ou des fûts en plastique pour les « fluides » (drains urinaires, liquides d'analyse, etc.) et objets piquants ou tranchants (perfusions, seringues, etc.).

Pour éviter au maximum les contacts avec ces déchets potentiellement dangereux, les opérateurs laissent le soin à des robots de transporter les chariots jusqu'au four du centre de traitement où ils sont brûlés à 1 000 °C pendant au moins une heure. « Autant nos autres usines n'avaient pas vraiment ressenti l'impact du Covid-19 lors de la première vague, sauf dans l'Est et en Ile-de-France, autant cette fois elles montent toutes en puissance », constate le directeur général de Suez, Bertrand Camus.

Des codes-barres pour indiquer la provenance

Grâce au code-barres visible sur chaque emballage de déchets, l'usine de Créteil sait exactement d'où ils proviennent. C'est ainsi que l'on apprend que l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, le premier groupe hospitalier français de part de sa taille, a demandé des tournées de camions supplémentaires pour que l'on vienne récupérer ses rebuts.

Au cœur de ce mastodonte d’acier, à Créteil (Val-de-Marne), les deux tiers des déchets hospitaliers franciliens sont brûlés à 1000 °C.LP/Fred Dugit
Au cœur de ce mastodonte d’acier, à Créteil (Val-de-Marne), les deux tiers des déchets hospitaliers franciliens sont brûlés à 1000 °C.LP/Fred Dugit  

« Il y a évidemment beaucoup plus de déchets liés aux tests Covid que lors de la première vague », souligne Marie-Christine Viratelle. Jusqu'à mille chariots par jour sont réceptionnés au rez-de-chaussée de l'usine avant de voir leur contenu finir en cendres. Parmi les déchets accueillis à Créteil figurent ceux de l'hôpital Henri-Mondor, situé à moins de 4 km de là. Grâce à un système de récupération de la chaleur et de réseau souterrain, l'établissement de soins est entièrement chauffé par l'usine… grâce à ses propres déchets qui servent de combustible. Une sorte de « retour à l'envoyeur » vertueux.