Convention climat : Marion Cotillard, couacs… les confidences de Grégoire, citoyen tiré au sort

Pas passionné par le climat à l’origine, Grégoire Fraty a été tiré pour participer à la Convention citoyenne. Le Normand publie ce jeudi un livre sur cette expérience inédite que nous vous présentons en exclusivité.

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 Grégoire Fraty, l’un des 150 citoyens tirés au sort pour la Convention climat, publie un livre sur les coulisses de cet exercice.
Grégoire Fraty, l’un des 150 citoyens tirés au sort pour la Convention climat, publie un livre sur les coulisses de cet exercice. LP/Philippe de Poulpiquet

Cette fois, on le retrouve à domicile dans son pavillon d'Épron (Calvados), les pieds campés dans la boue normande mais avec ses éternelles baskets Air Max, les mêmes qu'il portait dans les ministères ou dans les jardins de l'Elysée. « Je ne vois pas pourquoi je me présenterais autrement », réplique-t-il. Grégoire Fraty, 32 ans, spécialiste de la formation professionnelle, est l'un des 150 Français à avoir été tirés au sort pour participer la Convention citoyenne pour le climat.

Dans un livre croustillant qui sort jeudi 4 février (« Moi, Citoyen », coécrit avec Ondine Khayat, First éditions), il raconte les coulisses de cette aventure, alors que le projet de loi « Climat », issu des propositions des 150, sera présenté en Conseil des ministres le 10 février.

A l'origine, pas franchement écolo

Le trentenaire le revendique, il a tout fait pour se concocter une vie simple tournée vers son épouse et sa fille Agathe, âgée de deux ans : « En télétravaillant bien avant que ce ne soit la règle, en refusant des postes mieux payés mais chronophages, en écartant un engagement associatif trop prenant », assume-t-il. En gros, son credo a longtemps été « pour vivre heureux, vivons cachés ». Pas franchement écolo, loin des remous de la vie politique française.

D'autant plus que l'année précédant la Convention, au moment où il devient père, son épouse déclare une maladie très grave, dont elle s'est depuis remise. « Je n'ai pas sorti la tête de l'eau, confie-t-il. Je n'avais pas vraiment conscience du mouvement des Gilets jaunes, ni rien vu du Grand débat. ». Son tirage au sort a changé la donne.

Après « une claque climatique », il a cocréé les « 150 », l'association pour assurer le suivi des propositions de la Convention. Il rencontre en ce moment députés et sénateurs. Ce « Français lambda », comme il se caractérise, est aussi intervenu « dans je ne sais plus combien de lycées par visio pour parler de démocratie participative ».

Un bien étrange texto

En septembre 2019, Grégoire reçoit un bien étrange SMS, intitulé « Convention citoyenne pour le climat ». Grégoire vient d'être tiré au sort mais il pense d'abord qu'il s'agit d'une publicité. Il hésite même à envoyer « STOP » pour rejeter cette sollicitation, qui le dérange en pleine présentation professionnelle. Finalement, il répond par texto qu'il accepte de participer et… rien ne se passe. Alors, Grégoire se documente : « Les articles parlent de 300 000 numéros retenus pour seulement 150 tirés au sort, se rappelle-t-il. J'ai pensé que je n'avais pas été retenu et que je suivrais l'aventure des chanceux dans la presse. »

Puis, il est contacté par l'organisme en charge de constituer cette mini France, qui veut vérifier son profil et lui expliquer davantage la Convention : les week-ends à bloquer, la prise en charge, la lettre pour son employeur. Il signe alors pour six sessions du vendredi matin au dimanche soir, de septembre à février. Il y en aura finalement huit et de nombreuses réunions virtuelles.

Logés dans un hôtel parisien

Le 4 octobre, première session : Grégoire monte à Paris et découvre le Conseil économique social et environnemental (CESE), qui va abriter les débats. C'est comme « une rentrée des classes où l'on ne connaît personne » rembobine-t-il. Dans cette classe verte, les « 150 » se regroupent par tranche d'âge. « Je me suis immédiatement tourné vers quelqu'un de ma génération et à qui l'on avait distribué un badge bleu comme moi, comme si on était de la même équipe », s'amuse encore Grégoire. C'est parti pour des séances passionnantes et parfois interminables de travail.

Et après ? Les 150 étaient pour la plupart logés dans le même hôtel parisien. « Le premier soir, en descendant au bar, j'ai entrepris deux Russes sur le climat ! » se marre Grégoire. Depuis, il a bien identifié les membres de la Convention et s'y est fait des « amis pour la vie ». L'un des moments qui a marqué les esprits s'est déroulé à 5 heures du matin, lorsqu'au cours de la troisième session, l'alarme de l'hôtel retentit : « Tout le monde est sorti et malgré la fatigue, on a bien ri en découvrant les pyjamas Bugs Bunny des uns et… les couples qui sortaient de la même chambre », raconte Grégoire.

Emmanuel Macron, pas vraiment invité

Le livre lève aussi le voile sur les mécanismes et les grincements de la Convention. Ainsi quand Emmanuel Macron se présente en janvier 2020 devant les citoyens, tous imaginent qu'il répondait à l'invitation de la Convention. Pas du tout, « l'appel ne provenait en fait que d'une seule personne », explique Grégoire.

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PODCAST. Convention pour le climat : comment la méfiance s'est installée entre Macron et les citoyens

À la tribune, face à tous les citoyens, les journalistes et le public, une citoyenne, qui devait simplement résumer des précédents épisodes, annonce que les 150 souhaitent rencontrer le Président. « Ce qui a créé pas mal de remous en interne », confie le citoyen, libéré de la discrétion qu'il s'était alors imposé.

L'«engagement réel» de Marion Cotillard

Pour leur mission, les 150 citoyens ont auditionné toute une galerie de VIP que Grégoire croque dans son livre. Il y a Nicolas Hulot, « trop humain », comme le décrit « avec une certaine tendresse » le membre de la Convention. À la tribune, l'ancien ministre de l'Écologie dresse un tableau sombre et énumère les raisons de son échec au gouvernement. « Son discours ne nous a pas beaucoup aidés », estime le Normand. Il y a Emmanuel Macron « rencontré trois fois et que nous devrions revoir », précise Grégoire, impressionné par le chef de l'Etat. « Un animal politique, un vrai! » souffle-t-il.

Dans le registre glamour et paillettes, les citoyens ont aussi croisé l'actrice oscarisée Marion Cotillard à « l'engagement réel » et le réalisateur Cyril Dion. Le tiré au sort a été nettement déçu par ce dernier, pourtant désigné garant de cette assemblée : « Je salue le militant mais à mon sens il n'a pas fait un bon garant. Il s'est parfois approprié la parole des 150 alors que nous essayons tous de jouer collectif », juge-t-il. Parmi les anecdotes les plus décalées, Grégoire raconte aussi la rencontre avec le nouveau Premier ministre, Jean Castex. La réunion se tient sous un bel arbre dans les jardins de Matignon. Erreur de débutant, car les oiseaux qui nichent là « décorent » à plusieurs reprises la veste du chef du gouvernement.

Les dates à retenir

Avril 2019 : le président de la République annonce cette expérience démocratique à l’issue du Grand débat. Il promet de passer « sans filtre » leurs propositions aux Français.

4 octobre 2019 : lancement de la Convention citoyenne pour le climat.

10 janvier 2020 : Macron est reçu une première fois par cette assemblée.

29 juin 2020 : la Convention remet ses 149 mesures dans les jardins de l’Elysée.

10 février 2021 : le texte sera présenté en conseil des ministres.