Climat : «Il y aura de plus en plus de crues mais on peut agir»

Magali Reghezza, géographe et maître de conférences à l’Ecole normale supérieure, juge que les conséquences des inondations peuvent être atténuées grâce à de meilleures politiques publiques.

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 L'Epte est sortie de son lit dans le secteur de Saint-Clair-sur-Epte notamment.
L'Epte est sortie de son lit dans le secteur de Saint-Clair-sur-Epte notamment. LP/Jean-Pierre Henry

Les crues hivernales sont des phénomènes immémoriaux. Sauf que les champs, les usines, les logements installés en zones inondables créent des risques. Sauf, également, que le dérèglement climatique va rendre ces épisodes plus fréquents alors qu'en France l'aménagement du territoire ne suit pas, explique Magali Reghezza, autrice de « Résiliences : sociétés et territoires face à l'incertitude, aux risques et aux catastrophes » (ISTE édition) et maître de conférences à Ecole normale supérieure.

Doit-on à l'avenir s'attendre à davantage de crues sévères en France ?

MAGALI REGHEZZA. Bien sûr. Mais pas uniquement en raison du dérèglement climatique. Avec l'impact de l'activité humaine sur le climat, les phénomènes physiques des épisodes de très fortes pluies vont être plus fréquents et plus intenses. Mais parallèlement, l'exposition et donc le risque sur les personnes et les biens augmente : avec la périurbanisation, les logements se rapprochent des cours d'eau. Par ailleurs, les populations sont de plus en plus vulnérables de par le vieillissement mais aussi de par le manque d'information.

Le tableau est sombre, on ne peut donc rien faire ?

Au contraire. Les crues vont augmenter mais on peut agir, il y a trois leviers. D'abord, faire baisser nos émissions de gaz à effet de serre pour atténuer le dérèglement. Deuxièmement, limiter l'exposition en contrôlant l'urbanisme. Troisièmement, réduire la vulnérabilité des populations, en les informant, en organisant mieux les systèmes de secours.

C'est très théorique…

Non. Je plaide pour un véritable aménagement du territoire au niveau national. Les dispositifs existants ne sont plus à la mesure des risques. La politique climatique est pour le moins insuffisante. La meilleure preuve est que l'Etat a été condamné ce mercredi matin pour son inaction climatique ( NDLR : dans ce que les ONG ont appelé l'Affaire du siècle ). Ce n'est pas technique ou juridique, c'est primordial. Il faut que l'Etat change de braquet. Après cette impulsion nationale, à chaque territoire de décliner ces solutions selon ses spécificités.

Certaines communes, certains départements ou intercommunalités ont-ils pris des dispositions ?

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Au niveau local, il existe plein de bons élèves. Face à ces phénomènes, la conscience du risque augmente, bien souvent dans des territoires déjà touchés. Par exemple, Romorantin (Loir-et-Cher), frappé par des inondations en 2016, est la première ville à construire un quartier résilient. Il a été construit sur une zone inondable mais avec des immeubles surélevés, des parkings ouverts… Tout a été organisé non pas pour empêcher l'eau de passer mais pour permettre aux habitants de voir l'eau monter par palier. A Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire), l'ancienne maire (PC) Marie-France Beaufils s'est aussi emparée du sujet. Les immeubles récents ont été construits en mettant les installations électriques et chauffage en haut des bâtiments, et non plus dans les caves.