Climat : Emmanuel Macron répond aux critiques de la Convention citoyenne

Attaqué, le président de la République a réaffirmé sa volonté d’« agir » contre le réchauffement climatique, tout en évoquant des « ajustements » aux propositions des citoyens.

 Emmanuel Macron a adressé une lettre aux 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat : s’il accepte le gros des propositions, la liste des jokers s’allonge.
Emmanuel Macron a adressé une lettre aux 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat : s’il accepte le gros des propositions, la liste des jokers s’allonge.  LP/Fred Dugit

Un courrier pour tenter de rassurer. Le président de la République a écrit ce mardi une longue missive aux 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat (CCC). « La crise sanitaire que traverse notre pays n'a en rien affaibli ma volonté d'agir ni celle du gouvernement car la crise climatique n'a pas disparu », commence Emmanuel Macron.

Il s'agit d'une réponse à une lettre ouverte des représentants de la CCC publiée la veille et dans laquelle les citoyens s'inquiétaient : « Nous avons le sentiment de manquer d'un soutien clair et défini de la part de l'exécutif dont les prises de position nous apparaissent parfois contradictoires. »

On est loin des accolades et de l'atmosphère de fête du 29 juin dans les jardins de l'Elysée. Ce jour-là, le chef d'Etat accueillait, dans une ambiance de mode garden-party, ces 150 Français tirés au sort et recevait leur programme pour limiter la hausse du réchauffement climatique. Emmanuel Macron avait alors accepté l'essentiel des 149 propositions portées par ces anonymes, à trois exceptions près, dont une réduction de la vitesse à 110 km/h sur autoroute. Mais depuis, le nombre de ces jokers semble augmenter.

Au fil des semaines, des ministres ont manifesté leur opposition à certaines mesures portées par les 150 alors que des secteurs entiers de l'économie sont chahutés par l'épidémie de Covid. Bercy a par exemple dit son hostilité au malus auto en fonction du poids des véhicules neufs comme à l'écotaxe sur le transport aérien. Les propos d'Emmanuel Macron qui a comparé les opposants à la 5G aux Amish ont aussi fait grincer des dents quand la CCC propose justement un moratoire sur cette technologie.

Alors dans son courrier, le président a pris soin de rappeler les mesures de la Convention déjà inscrites dans les textes officiels : « Dès cet été, il a été décidé lors du conseil écologique de juillet d'adopter l'interdiction des terrasses chauffées et d'accélérer la sortie du fioul. » Il cite encore le plan de relance « nourri de (leurs) propositions » avant d'évoquer les mesures passées dans le projet de loi de finance. Le gros des idées des conventionnaires doit s'incarner dans un texte qui doit être prêt à être examiné en décembre, « à une date proche du cinquième anniversaire de l'Accord de Paris ( NDLR : le premier accord mondial sur le climat et le réchauffement climatique ) », rappelle le président.

Un tableau de bord des avancées

Le locataire de l'Elysée annonce aussi la création d'un baromètre : « Le gouvernement mettra à votre disposition ainsi qu'à celle des Français un véritable tableau de bord de l'avancée de vos propositions dans les tout prochains jours », écrit-il. En fait, une mise à jour sur la page consacrée à la CCC qui existe déjà sur le site du ministère de la Transition écologique.

L'outil doit être présenté lundi aux représentants des 150. Mais, avertit Emmanuel Macron dans sa lettre, « certaines de vos mesures méritent des ajustements, nécessitent une temporalité différente de celle que vous proposez. Parfois, pour le même objectif, des solutions différentes peuvent émerger. » Avant d'ajouter : « Ce débat est sain » et « ne doit pas vous effrayer, et encore moins nous conduire à renoncer ».

En répondant du tac au tac, le président semble vouloir indiquer qu'il prend très au sérieux la grogne de la CCC. Il ne faudrait pas que ces 150 tirés au sort pour participer à cet outil inédit de démocratie participative se transforment en autant d'opposants politiques. « La réponse est un peu vide. Nous sommes un peu déçus. Dommage, le président avait l'occasion de réaffirmer son soutien », regrette Grégoire Fraty, l'un des 150 citoyens qui promet de continuer à porter ses projets dès jeudi à Bercy face à un aréopage de huit ministres.