Climat : crues, inondations… pourquoi pleut-il autant ?

Des précipitations continues depuis Noël, des sols gorgés d’humidité, des fleuves qui ne parviennent plus à évacuer le trop-plein et voilà que la quasi-totalité de la France se retrouve les pieds dans l’eau.

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 Les Français subissent des journées de pluie depuis plusieurs semaines.
Les Français subissent des journées de pluie depuis plusieurs semaines. LP/Arnaud Journois

Des bateaux de tourisme en perdition emportés par la puissance du courant sur le Lot, des Bordelais qui ne peuvent plus flâner sur les quais de la Garonne et des familles évacuées dans les Landes parce que l'eau a encerclé leurs maisons… Des milliers de panneaux « route inondée » ont été installés ces derniers jours à la hâte le long de rivières et de fleuves sortis de leur lit.

Un scénario plutôt classique en plein hiver, sauf que ces crues, alimentées par une pluie incessante, concernent aujourd'hui une bonne partie de la France. Dix-sept départements sont en vigilance orange pour risque de crues ce jeudi matin, le Lot-et-Garonne est, lui, passé en rouge mercredi après-midi. « On subit depuis jeudi dernier des précipitations continues qui touchent la quasi-totalité du territoire, souligne la directrice du Service central d'hydrométéorologie et d'appui à la prévision des inondations (Schapi), Laurence Pujo. Comme les sols sont saturés d'eau, ils n'ont plus la capacité d'absorber ce qui tombe du ciel. »

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Or, les dépressions se succèdent sans discontinuer depuis Noël, sans que jamais le fameux anticyclone des Açores ne soit assez fort pour imposer le soleil. Bassin de la Seine, Artois-Picardie, Meuse-Moselle, Saône… partout les fleuves débordent. « Depuis le début de l'hiver, il est tombé en moyenne en France une fois et demie la quantité normale de pluie et la douceur de ces derniers jours a fait fondre la neige dans l'Est de la France, contribuant à faire remonter le niveau de l'eau dans les rivières », explique Laurence Pujo.

Climat : crues, inondations… pourquoi pleut-il autant ?

Sur la façade Atlantique, le passage de la tempête Justine n'a fait qu'accentuer le phénomène. Les nuages se sont accrochés sur les hauteurs des Pyrénées et du Massif central et ont alimenté au passage tous les cours d'eau du bassin de la Garonne, ont constaté les hydrométéorologues du Schapi. « Si l'on ajoute à cela les forts coefficients de marée du week-end dernier, on comprend que l'eau des fleuves a eu du mal à s'échapper vers la mer et qu'il y ait eu des débordements assez marqués au niveau de l'estuaire de la Garonne mais aussi sur l'Adour dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques », souligne Laurence Pujo.

Le réchauffement va favoriser les pluies extrêmes

Voir la France les pieds dans l'eau en plein hiver, il va pourtant falloir s'y habituer car le réchauffement climatique contribue à l'élévation du niveau de la mer et devrait surtout favoriser à l'avenir les phénomènes de pluies extrêmes. « On a par ailleurs démultiplié les risques pour les biens et les personnes dans les zones inondables à cause de l'artificialisation des sols qui provoque de plus en plus de phénomènes de ruissellement d'eau, souligne Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention du risque d'inondation (Cepri). A cause de la bétonisation, la pluie n'est plus absorbée par les sols et cela provoque des mouvements de terrain et des affaissements. »

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Le Cepri milite pour que les communes installées en bordure de rivières ou de fleuves fassent des travaux et réaménagent leurs berges pour faire face à ces crues exceptionnelles. « Quimper (Finistère), qui est traversée par l'Odet, tente par exemple de redonner davantage de place à l'eau en cas d'inondation », explique Stéphanie Bidault. Depuis vingt ans, la ville bretonne a lancé des chantiers d'élévation de digues, et des travaux ont été menés pour réduire la vulnérabilité des maisons et des magasins dans les zones inondables en installant par exemple du carrelage au sol ou en remontant les prises électriques.

En février 2019, lors d'une audition au Sénat sur les risques climatiques, Stéphane Pénet, directeur des assurances de dommages à la Fédération française de l'assurance, estimait que le pays serait bien inspiré de « développer davantage l'assurance multirisque climat ».

Il pointait notamment ceci : « En 2016, lors des grandes inondations, nous avons été confrontés à des boulangeries ou des magasins totalement inondés avec près de 200 000 ou 300 000 euros de réparations. La franchise étant de 10 %, certains petits commerçants assurés n'ont pas pu redémarrer leur activité parce que ces 30 000 euros de franchise les ont ruinés. » La fédération a déjà fait ses comptes. Alors que les inondations ont coûté 16 milliards d'euros entre 1988 et 2013 en indemnisations, la facture devrait s'alourdir à 34 milliards dans les vingt ans.