Bientôt la fin des avions publicitaires sur les plages ?

Inspirée des travaux de la Convention citoyenne, une proposition de loi vise à interdire les appareils qui survolent les plages de France chaque été. Ce qui suscite une levée de boucliers des professionnels du secteur.

 La publicité tractée par avion provoque des nuisances sonores et visuelles. Vingt députés veulent la supprimer.
La publicité tractée par avion provoque des nuisances sonores et visuelles. Vingt députés veulent la supprimer. PhotoPQR/Nice Matin

Vous avez peut-être vu pendant vos vacances sur la plage cet été un avion traînant une banderole publicitaire derrière lui? Sans que vous le sachiez, c'était peut-être l'un des derniers. Une proposition de loi portée par vingt députés, dont l'ex-ministre de l'Ecologie Delphine Batho ou encore l'ancien marcheur Matthieu Orphelin, vise à tout simplement les interdire.

Ces élus à la fibre écolo se sont inspirés des travaux de la Convention citoyenne, qui a réuni d'octobre à juin 150 citoyens chargés de réfléchir aux moyens de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Dans l'exposé des motifs, ils rappellent que cette assemblée de Français tirés au sort « a porté un ensemble de propositions fortes de régulation de la publicité afin de réduire les incitations à la surconsommation ».

« On ne va pas se laisser faire »

Dans leur viseur aussi : l'impact écologique et les nuisances sonores et visuelles liées au tractage de banderole dans les airs. Les associations de défense de l'environnement voient aussi dans ce mode de communication une incitation envahissante à la consommation. « La publicité ne devrait pas être imposée sur les lieux de vacances », approuve Arnaud Schwartz, président de France nature environnement, fédération qui regroupe 52 associations locales. De surcroît sur la plage où l'on aspire plutôt au farniente et à la tranquillité.

« On ne tourne que deux mois dans l'année, entre 14 heures et 18 heures. Et pas longtemps : une heure de vol suffit pour être vu par environ 500 000 personnes », relativise Michelle Norton, cogérante de l'entreprise héraultaise Cielmapub, spécialisée dans la fabrication de publicité aérienne et événementielle. « On est complètement abasourdi qu'on veuille interdire notre activité mais on ne va pas se laisser faire », réagit sa consœur Corinne Landreu, cogérante de la société d'ULM Airmediapub, qui a prévu d'interpeller le président de la République dans les airs.

Des emplois menacés

« On utilise des moteurs 4 temps, pas bruyants du tout. On est en bas de l'échelle en termes de pollution », affirme-t-elle. Une incompréhension partagée par Michelle Norton : « Les jets ski, ça, c'est de la nuisance sonore. Et personne ne dit rien. Et puis si on ne peut plus travailler, les commerçants qui font appel à nous vont imprimer des milliers de flyers pour faire leur publicité. Ce qui aura un coût écologique bien plus élevé », argumente-t-elle encore.

Les professionnels du secteur mettent aussi dans la balance les enjeux économiques de cette activité saisonnière. « Cela représente 80 à 90 % de notre chiffre d'affaires », souffle Corinne Landreu, dont l'entreprise fait aussi des baptêmes de l'air, de la formation au pilotage et de la maintenance d'ULM. Selon elle, ce sont une dizaine d'emplois qui seraient menacés rien que dans sa société si le tractage par banderoles venait à être interdit : pilotes, employés administratifs, manutentionnaires…

« Avec le Covid, on a déjà perdu beaucoup de contrats », déplore-t-elle. « Si des commerçants ou des organisateurs d'événements veulent se faire connaître qu'ils le fassent par d'autres moyens. Là, ils dérangent, tout en polluant, réplique Arnaud Schwartz. Toutefois, il faut que la loi prévoie un accompagnement de ces entreprises dans leur transition écologique. »