«Biden, c’est 100% une bonne nouvelle pour le climat», se félicite Brice Lalonde

Ancien ministre de l’Environnement et cousin de John Kerry, nommé «monsieur Climat» par Joe Biden, Brice Lalonde se félicite du retour des Etats-Unis dans les accords de Paris.

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 Brice Lalonde juge que Joe Biden  forme une administration de combat en faveur du combat
Brice Lalonde juge que Joe Biden forme une administration de combat en faveur du combat LP/DELPHINE GOLDSZTEJN

Ancien ministre de l'Environnement de 1988 à 1992, Brice Lalonde fut aussi ambassadeur français des négociations internationales pour le climat de 2007 à 2011. Le cousin de l'ancien secrétaire d'Etat américain John Kerry est aujourd'hui président de l'association Équilibre des énergies et à la tête de l'Académie de l'Eau.

L'élection de Joe Biden à la tête des Etats-Unis est-elle une bonne nouvelle pour le climat ?

BRICE LALONDE. C'est 100 % une bonne nouvelle. C'est la première fois aux Etats-Unis que la quasi-totalité des personnes nommées par le nouveau Président sont des militants de la cause environnementale. Ce sera un gouvernement de combat sur le climat. J'en connais d'ailleurs certains comme Gina McCarthy, désormais première conseillère nationale sur l'environnement, qui était auparavant administratrice de l'agence nationale de l'environnement.

Et votre cousin John Kerry s'occupera de l'action internationale des Etats-Unis sur le climat…

Ce sont des questions auxquelles il est sensible depuis toujours. Il estimait d'ailleurs que l'accord de Paris était insuffisant. Il a été de toutes les conférences de l'ONU sur le changement climatique et je pense que c'est lui qui sera le chef d'orchestre de la délégation américaine sur cette question. Que Joe Biden ait choisi l'ancien ministre des Affaires étrangères d'Obama à ce poste stratégique est frappant car il a des convictions profondes sur ce sujet.

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Et Joe Biden, le sentez-vous convaincu ?

En tout cas, il ne cesse d'en parler. Vous savez, il est très croyant et il existe aux Etats-Unis chez certains pratiquants une espèce de fusion entre le sentiment religieux et la défense de « l'œuvre de Dieu », certains se sentant comme les « bergers de la planète ». Au-delà de ça, ce n'est pas un hasard si Biden a cité dans son discours d'investiture le président Carter qui fut un des dirigeants américains les plus actifs en matière de préservation de l'environnement et qui était très préoccupé par l'avenir de l'humanité.

C'est un vrai tournant après l'ère Donald Trump ?

Avec Biden, on amorce un virage extrêmement important car Trump était un vrai cauchemar pour les défenseurs de l'environnement. Il estimait que tout ce qui avait tendance à contraindre l'économie devait être balayé. Du coup, il ne voyait pas d'inconvénients à aller forer en Arctique ou à remettre en cause le réchauffement climatique.

Le retour des Etats-Unis dans l'accord de Paris va-t-il vraiment changer les choses ?

Oui car les Etats-Unis sont l'un des pays au monde qui émet le plus de CO2 par tête d'habitant et leur retour va donc renforcer l'accord de Paris et donner un énorme élan à la prochaine conférence de l'ONU sur le climat organisée à la fin de l'année en Ecosse. Mais le plus gros défi en termes de crédibilité sera de montrer qu'ils agissent chez eux, aux Etats-Unis.

Et vous pensez qu'aux pays des gros 4 x 4, du charbon et de la climatisation à outrance, les choses vont changer ?

Bien sûr qu'ils ne changeront pas leur mode de vie du jour au lendemain et qu'ils doivent faire des efforts sur la climatisation et le gaspillage énorme de l'eau. Mais si les USA sont le pays des gros 4 x 4, c'est aussi le pays où est née la Tesla 100% électrique. Aujourd'hui, plus un seul investisseur américain ne met son argent dans les centrales à charbon qui ferment les unes après les autres. Les Américains sont un peuple d'entrepreneurs et je suis persuadé qu'ils vont dépoter pour trouver des techniques de réduction des émissions de gaz à effet de serre, pour s'adapter plus rapidement au changement climatique et pour trouver des solutions chimiques permettant de traiter le problème du CO2. Certaines entreprises travaillent déjà sur des techniques de pompage et de réutilisation du gaz carbonique. De nombreuses villes et des Etats comme la Californie misent à fond sur les énergies renouvelables. Il y a même eu un mouvement de mobilisation, au lendemain de l'annonce par Trump du retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris, baptisé « we are still in ». Des milliers de maires, de gouverneurs, de responsables d'entreprises américains voulaient ainsi signifier qu'ils étaient toujours mobilisés pour le climat.