À Saint-Mards-de-Blacarville, on se chauffe à l’«herbe à éléphants»

Dans la commune rurale euroise, le chauffage de l’école fonctionne au miscanthus, plante africaine cultivée localement par un agriculteur précurseur.

 Alain Van Eecke cultive le miscanthus sur 6 ha. Une fois plantée, l’herbe à éléphants est récoltée chaque année et repousse pendant vingt ans.
Alain Van Eecke cultive le miscanthus sur 6 ha. Une fois plantée, l’herbe à éléphants est récoltée chaque année et repousse pendant vingt ans. DR

À Saint-Mards-de-Blacarville (Eure), l'école primaire, la salle des fêtes et le logement de fonction des instituteurs sont tous chauffés avec du miscanthus, une herbe d'origine africaine mais produite localement. « On a commencé en septembre, pour des raisons écologiques et sachant que le fioul allait dorénavant être compliqué à obtenir, révèle Didier Swertvaeger, maire de la commune. L'herbe utilisée pousse à moins de 100 m des bâtiments, on ne fait pas plus court comme circuit. »

« Personne ne voulait s'engager là-dessus »

Bientôt, du miscanthus sera même planté tout autour de l'école du village, grâce au travail d'Alain Van Eecke. Agriculteur à Saint-Mards-de-Blacarville depuis 1980, il ravitaille à la demande la chaufferie municipale avec son « herbe à éléphants » (l'autre nom donné au miscanthus) renouvelable et peu polluante. Avant cela, l'homme a expérimenté ce moyen de chauffage pour son habitation. Il vient d'ailleurs de fêter son 4e hiver de chauffage au miscanthus.

En 2014, désireux de produire sa propre énergie pour se chauffer, Alain Van Eecke se renseigne et découvre le miscanthus. Locale, peu coûteuse et ne nécessitant l'utilisation d'aucun traitement chimique, l'herbe exotique cumule les avantages. Ce producteur de blé, de lin et d'orge suit son intuition et teste sa découverte sur l'une de ses parcelles. « À l'époque, personne ne connaissait le miscanthus et personne ne voulait s'engager là-dedans », se souvient-il.

Une culture qui ne nécessite quasiment aucun entretien

Il découvre une culture presque autosuffisante, qui ne nécessite quasiment aucun entretien. « On parlait de plaquettes de bois comme énergie renouvelable mais le bois met cinquante ans à repousser ! », souligne le cultivateur. Le miscanthus, lui, repousse chaque année pendant vingt ans. Il n'épuise pas les sols puisque seule la tige est récoltée et les feuilles tombent et produisent de l'engrais. Selon la chambre d'agriculture de Normandie, la plante lutte également « contre les ruissellements et l'érosion ».

Chaque mois d'avril, 10 t d'herbe à l'hectare sont récoltées

Alain Van Eecke mettra finalement trois ans à trouver la bonne chaudière, qu'il fait venir d'Allemagne. Aujourd'hui, 6 de ces 200 ha sont dédiés à la production de « l'herbe à éléphants » et chaque mois d'avril, 10 t d'herbe à l'hectare sont récoltées sur ses terres. « Je produis et consomme sur place, sans intermédiaire, sans frais de déplacement et j'économise en coût de combustible entre 50 et 70 % », détaille-t-il.

En plus d'être autosuffisant et de fournir sa commune en combustible, l'agriculteur vend à des paysagistes, qui utilisent le miscanthus pour réaliser des paillages horticoles. La plante, elle, reste assez méconnue de ses confrères : « C'est dommage. Il faudrait sans doute que ce soit les municipalités qui s'équipent en chaudières polycombustibles pour inciter leurs agriculteurs à fournir ce combustible et être plus autonomes. »