À Grémonville, on achève bien les vieux trains

Dans l’un de ses deux sites de Seine-Maritime, l’entreprise familiale nordiste Baudelet Environnement déconstruit pour le compte de la SNCF les TGV et les RIO (Rames Inox Omnibus) dont la ferraille est revendue aux aciéries.

 Pendant dix ans, 900 rames vont être déconstruites chez Baudelet Environnement.
Pendant dix ans, 900 rames vont être déconstruites chez Baudelet Environnement. #PRESSE30

Des trains stationnent sur une voie ferrée longue de 2,5 km à Grémonville, entre Dieppe et Rouen (Seine-Maritime). Sur une ancienne plateforme de 15 hectares qui servit à la construction de l'A150, les rames attendent leur déconstruction par Baudelet Environnement, qui a remporté ce marché sur dix ans, avant de partir pour être recyclées.

Depuis cinquante-six ans, l'entreprise nordiste valorise « à 80 % des industries de matières dangereuses et non dangereuses que l'on réintroduit dans différents circuits afin de réduire l'impact environnemental », présente Caroline Poissonnier, la directrice générale et petite-fille du fondateur, Jean Baudelet, en 1964.

Les rames sont mises à nu avant le désamiantage. #PRESSE30
Les rames sont mises à nu avant le désamiantage. #PRESSE30  

Sur les 11 implantations de Baudelet Environnement réparties dans la zone nord de l'Hexagone, les 3 sites normands ont chacun leur spécialité. À Fécamp, on traite les déchets des particuliers, au Havre, on procède au démantèlement de navires, dont prochainement 8 frégates de la Marine Nationale, et à Grémonville, on transforme les plastiques en granulés, on récupère des métaux et produits polluants et on dispose d'une chaîne de tri par crible et manuelle.

C'est ici, pour se qualifier auprès de la SNCF, que des chantiers tests ont été effectués sur la déconstruction de TGV et de RIO (Rames Inox Omnibus).

Deux motrices et 18 rames par mois

« Il fallait montrer que nous sommes une entreprise sérieuse avec un savoir-faire. Il fallait prouver que nous pouvions tenir des cadences élevées sur dix ans », détaille Arnaud Tual, le directeur des sites en Normandie. Accord validé, l'entreprise va recevoir chaque mois de toute la France 2 motrices et 8 voitures de TGV ainsi que 10 wagons de TER ou Corail.

Les métaux récupérés vont remonter la Seine jusqu’à des fonderies. #PRESSE30
Les métaux récupérés vont remonter la Seine jusqu’à des fonderies. #PRESSE30  

Ce marché a nécessité 16 millions d'euros d'investissement, notamment dans 4 salles blanches de désamiantage, et l'embauche à terme de 25 personnes « en partenariat avec Pôle emploi grâce à une Opération sans CV » complète la directrice générale de Baudelet Environnement, Caroline Poissonnier.

Quand une rame entre sur le site, les techniciens opèrent dans un premier temps « le curage vert, détaille Arnaud Tual. On retire l'ensemble des aménagements intérieurs qui repartent vers d'autres entreprises. Nous nous arrêtons à l'isolation en laine de roche. Pour les vitres, nous les stockons, car nous avons un partenariat avec un cabinet de design. Ils en font des objets ou des meubles. L'ensemble est un travail manuel qui demande beaucoup de temps ».

98 % des matériaux recyclés

Une fois à nu, la rame entre dans la salle blanche pour une désinfection totale. Elle en ressort pour passer entre les dents de la broyeuse et cela jusqu'aux bogies, « pour éviter le réemploi. Nous devons prouver la découpe au client ».

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Triés, les métaux partent pour Le Havre où ils sont conditionnés et chargés sur des barges. Ils remontent ensuite la Seine « pour aller dans les filières adéquates dont les fonderies de Bonnières dans les Yvelines et Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne », indique le directeur des sites en Normandie. Au final, conçu avec des matériaux simples, « un train est recyclé à 98 % ! »