Régionales : les stratégies du RN pour tirer son épingle du jeu

Alors que le parti de Marine Le Pen ne dispose pas de têtes d’affiche très connues, il va tenter de politiser au maximum le scrutin.

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 Pour compenser cette absence de têtes de liste connues, le RN mise notamment sur la jeunesse de nombreux candidats, dont certains sont trentenaires.
Pour compenser cette absence de têtes de liste connues, le RN mise notamment sur la jeunesse de nombreux candidats, dont certains sont trentenaires. AFP/Thomas Samson

Julien Odoul, Gilles Pennelle, Aleksandar Nikolic, François Filoni, Sébastien Chenu, Edwige Diaz, Hervé Juvin : la moitié des têtes de listes RN aux régionales ont déjà été investies. Elles se retrouvent ce lundi au siège du parti à Nanterre pour une première réunion stratégique. Une série d'inconnus ou de quasi-inconnus pour le grand public qui contraste cruellement avec la situation de 2015 lorsque les très médiatiques Marine Le Pen (dans les Hauts-de-France), Marion Maréchal (en PACA) ou Florian Philippot (dans le Grand Est) portaient les couleurs du parti. « La présidente d'un grand mouvement ne peut pas être candidate à tout », justifie Marine Le Pen qui ne figurera pas, même pas en position symbolique, sur la liste des Hauts-de-France face au président sortant (et futur adversaire présidentiel?) Xavier Bertrand.

Pour compenser cette faiblesse, le RN mise sur la jeunesse de nombreux candidats, dont certains sont trentenaires. A 25 ans, Jordan Bardella, à qui Marine Le Pen promet un « grand avenir personnel », est ainsi très fortement incité à se présenter en Ile-de-France. « C'est bien de montrer qu'on a envie d'aller au combat », l'encourage un cadre alors que celui qui a mené victorieusement la liste RN aux européennes sait que la région francilienne est imprenable.

Des personnalités pour rassembler

Autre axe : placer sur les listes des personnalités « d'ouverture » pour souligner l'idée que le RN est capable de rassembler. Marine Le Pen a fait passer le message à l'eurodéputé ex-LR Thierry Mariani, élu sur la liste RN aux européennes, mais qui n'a pas sa carte au parti. C'est lui qui mènera la bataille en Paca face à son ancien ami sarkozyste Renaud Muselier dont la proximité avec LREM va être martelée durant la campagne. « On envoie Mariani, ancien LR pour expliquer aux LR pourquoi il ne faut plus voter pour LR », se réjouit un ponte du parti, soucieux d'envoyer un message à l'électorat de droite.

Chez les Républicains, on se veut serein, misant sur le fait que les électeurs préféreront l'original LR à la copie. « Je suis sûr qu'on peut gagner en Provence-Alpes-Côte d'Azur. Ça va dépendre de la capacité suicidaire de la gauche, mais leur capacité suicidaire est de moins en moins forte », sourit un cadre RN, en référence au retrait du PS en 2015 dans l'entre-deux-tours qui avait bloqué l'accès de Marion Maréchal à la victoire. Mais avait privé la gauche de conseillers régionaux pendant un mandat entier.

En Occitanie, c'est ce même principe d'« ouverture » qui devrait favoriser la candidature de l'eurodéputé Jean-Paul Garraud, ex-LR, soutenu activement par le maire de Perpignan, Louis Aliot. « On aura plusieurs signaux d'ouverture à droite, il en faut aussi à gauche », glisse un dirigeant RN qui soutient la candidature de l'ancien conseiller régional LFI Andrea Kotarac en Auvergne-Rhône-Alpes. « Mais le rassemblement doit se faire jusqu'au RN », répondent ironiquement les cadres favorables à une solution plus interne… paraphrasant Patrick Devedjian qui s'émouvait de l'ouverture à gauche de Nicolas Sarkozy en 2007.

Les sympathisants RN peu intéressés par les régionales

Reste que pour espérer remporter des victoires, ou au moins limiter la casse, le RN va devoir mobiliser son électorat qui a largement boudé les urnes aux municipales sur fond de crise sanitaire. « Moi j'ai peur de la peur. 50 % de nos électeurs ne sont pas allés voter aux municipales », glisse Marine Le Pen. Le parti va nationaliser au maximum la campagne, rappelant qu'il s'agira du « dernier arrêt au stand » pour sanctionner Emmanuel Macron avant la présidentielle.

A l'inverse, les présidents de région sortants miseront tout sur leur bilan et leurs réalisations régionales. « Arrivera-t-on à transformer l'élection en enjeu politique ? Ou va-t-on assister à une localisation du scrutin, comme aux municipales ? Ce sera l'intérêt des présidents sortants de dépolitiser et celui… d'Emmanuel Macron », analyse un dirigeant.

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Selon un sondage Opinionway, le RN arrive en tête (22 %), à égalité avec LR, des intentions de vote aux régionales. Mais les sympathisants RN sont, selon cette même enquête, les moins intéressées par les régionales (64 % seulement de personnes « intéressées »). Les méconnues têtes de listes RN auront du travail.