Elections régionales : vers un report du scrutin en juin

Après avoir largement consulté, Jean-Louis Debré remettra ce vendredi à Jean Castex son rapport sur les élections régionales. Un consensus semble se dégager pour repousser de trois mois le scrutin.

 Initialement prévues en mars 2021, les élections régionales devraient être décalées.
Initialement prévues en mars 2021, les élections régionales devraient être décalées. LP / Olivier Corsan

Un consensus serait-il en train de se dessiner sur les élections régionales? De LFI au RN, en passant par EELV, le PS, LR et la majorité, si nul n'est sans n'est sans réserve, nul ne fait non plus barrage à l'hypothèse d'un report du scrutin en juin 2021 en raison de l'épidémie. C'est ce qui ressort des consultations menées par Jean-Louis Debré qui doit remettre ce vendredi, à 11h30, son rapport à Jean Castex. Telle était la mission de l'ancien président du Conseil constitutionnel : apaiser les débats, après les polémiques sur le maintien du premier tour des municipales et, celles plus vives encore, sur fond d'accusations de tripatouillage, provoquées en juin dernier par la proposition d'Emmanuel Macron de reporter les régionales.

« Nous avons interrogé près de 70 personnes, les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, les chefs des partis politiques, des groupes parlementaires, les responsables des associations d'élus, énormément de scientifiques et puis un certain nombre de personnalités qui ont des responsabilités administratives comme le président du CSA », nous confie Jean-Louis Debré, auquel des élus de toute la France ont par ailleurs écrit.

«Si on peut aller au restaurant, on peut aller voter…»

Il a, dit-il, été « très agréablement surpris » par le ton de ces échanges. « A chaque fois, on a essayé ensemble de trouver des solutions », ajoute celui qui poursuivait la rédaction de son rapport ce jeudi. Jean Castex l'adressera aux chefs de partis, avec un courrier de sa plume demandant leurs avis sur son contenu. Le Premier ministre livrera ensuite sa décision. « Cela va être une question de jours, glisse un proche. Je ne pense pas qu'il y ait de surprise, juin fait consensus. »

Il n'empêche. Le paravent du consensus abrite bien des nuances. Car chacun reste sur ses gardes et l'arme au pied. Ainsi LR – comme le RN - prévient qu'il n'est pas question d'aller au-delà de juin. « J'ai vu longuement Jean-Louis Debré et je lui ai dit que si on peut aller au restaurant, on peut aller voter. Non à la main tremblante pour la démocratie. Mais, on peut envisager un report qui ne dépasse pas le mois de juin parce qu'il faut que la campagne électorale puisse se dérouler dans de bonnes conditions », nous fait savoir le président du Sénat, Gérard Larcher.

Certains présidents LR de région redoutent notamment une stratégie du « saut de puce » consistant à repousser les régionales en plusieurs fois pour mieux les enterrer. Idem côté PS - « LREM n'a pas cessé d'espérer renvoyer ce scrutin après la présidentielle, car c'est un scrutin à haut risque pour le président », dit Olivier Faure.

Des modalités de campagne incertaines

« On entend cela depuis le début. S'il y a un consensus qui se fait sur la date de juin, j'estime qu'il faudra s'y tenir. L'incertitude ne fait pas bon ménage avec la démocratie et avec la tenue d'élections », balaie en retour le délégué général de LREM, Stanislas Guerini. Il reste que la méfiance est aussi de mise du côté de la majorité. « J'ai un cuisant souvenir des élections municipales, où nos opposants, notamment LR, se sont roulés par terre pour que les élections se tiennent, et nous ont ensuite reproché de les avoir tenues. S'ils ne se comportent pas de façon responsable, eh bien on fera les régionales en mars! », tonne le président du groupe MoDem à l'Assemblée, Patrick Mignola, qui a exposé ses réserves à Jean-Louis Debré : « Il vaudrait mieux mars pour qu'on parle des régions. Si on les repousse à juin, on risque d'être un peu pollués par le débat présidentiel. »

La date du scrutin fixée, restera, estime Guerini, à travailler « sur les modalités de la campagne ». En début de semaine, sur France Info, l'Insoumis Adrien Quatennens s'est par avance inquiété, en cas de nouvelle vague, de la possibilité de mener une véritable bataille électorale. Sans compter que le débat monte (y compris dans la majorité) sur le vote par correspondance. Autant dire que les discussions sont loin d'être closes.