Elections régionales : les partis ne veulent pas d’une campagne «sous cloche» sanitaire

Les élections départementales et régionales doivent se tenir en mars 2021. Avec la prorogation du régime transitoire permettant la prise de mesures fortes contre le Covid-19, candidats et partis s’inquiètent de la façon dont la campagne va se dérouler.

 Des militants  de La République en Marche pendant la campagne des élections municipales, à Bordeaux (Illustration).
Des militants de La République en Marche pendant la campagne des élections municipales, à Bordeaux (Illustration). LP/Arnaud Dumontier

A cinq mois de l'échéance, la classe politique a déjà la tête tournée vers les élections départementales et régionales, prévues en mars 2021. Avec la crainte de devoir mener une campagne au rabais en raison du Covid-19. La période préélectorale a démarré le 1er septembre et tout candidat a interdiction d'utiliser des moyens publics pour faire campagne, a rappelé le secrétaire général du gouvernement dans une circulaire datée du 31 août. Jusque-là, rien d'inhabituel. Mais la suite s'annonce beaucoup plus complexe en raison des mesures sanitaires.

En petite couronne et dans la dizaine de métropoles en zone d'alerte « renforcée » ou « maximale », les rassemblements sur la voie publique sont limités à 10 personnes. Là où la situation sanitaire est la plus critique, comme en région parisienne, de nombreux lieux où les candidats sont habitués à rencontrer leurs électeurs, comme les cafés et les salles des fêtes, sont fermés.

Et personne ne connaît la durée pendant laquelle ces restrictions resteront en vigueur. Le gouvernement compte même les rendre possibles jusqu'au 1er avril. Le texte, adopté par les députés dans la nuit du 1er au 2 octobre, doit prochainement passer au Sénat. « Cela nous pose un problème démocratique que cette période englobe le périmètre temporel des élections », tonne le député Les Républicains Pierre-Henri Dumont.

Réunion de Darmanin avec les chefs de partis

Pour contrebalancer ces restrictions, les chefs de parti ont profité d'une réunion par visioconférence avec le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, lundi 29 septembre, pour émettre plusieurs propositions. L'une d'elles est d'augmenter le plafond de dépenses de campagne, fixé par la loi. Cela avait d'ailleurs été le cas pour le second tour des élections municipales, reporté au 28 juin dernier. Les candidats anticipent en effet de devoir imprimer beaucoup plus d'affiches et renforcer leurs moyens numériques afin de compenser le manque de contacts sur le terrain. « Ce n'est pas la même chose de faire campagne dans les bistrots et lors de réunions publiques informelles qu'à distance », justifie le président de l'UDI, Jean-Christophe Lagarde.

Elections régionales : les partis ne veulent pas d’une campagne «sous cloche» sanitaire

A propos du numérique, justement, le dirigeant centriste plaide aussi pour autoriser les contenus sponsorisés sur Facebook. Ce qui nécessiterait de changer la loi puisque cette pratique (qui permet de « booster » la visibilité des publications) est actuellement interdite. « Quand vous postez un contenu sur Facebook, seuls 10% de vos abonnés le voient. A moins de payer pour le sponsoriser », explique l'élu.

Autre proposition : avoir la garantie que le matériel sanitaire (masques, gel hydroalcoolique, etc.) puisse être intégré dans les comptes de campagne afin d'être remboursé en partie. Côté Parti socialiste, on demande de développer les moyens de mener une campagne dématérialisée (accès aux médias, communication numérique, routage postal, etc.). « Peut-on envisager d'avoir bien plus de temps de parole qu'en temps normal, notamment sur les chaînes d'information publiques ? » interroge, de son côté, le député La France insoumise Ugo Bernalicis, qui vise une candidature dans les Hauts-de-France.

Demande d'un report du scrutin

Selon nos informations, la place Beauvau a déjà validé le principe de pouvoir porter deux procurations le jour du vote. Cette disposition, qui devra encore être inscrite dans la loi, a pour but de limiter l'abstention le jour du scrutin… mais elle n'aura aucun impact sur la campagne en elle-même. Pour le reste (plafond de dépenses, publicité sur Facebook, etc.), Gérald Darmanin va en parler avec le Premier ministre et avec les dirigeants de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques pour établir ce qu'il est possible, ou non, de mettre en place. Rendez-vous a déjà été donné une fois par mois aux chefs de parti pour échanger sur ce sujet, nous indique l'entourage du ministre de l'Intérieur.

Dans ces conditions plus que perturbées, des voix s'élèvent pour demander un report du scrutin. « Ce serait le plus raisonnable. Sinon, quelle serait la légitimé des élus vu l'océan d'abstention qui nous attend ? », craint Ugo Bernalicis. Le ministère de l'Intérieur martèle que les élections auront lieu en mars comme le prévoit la loi. Décaler le calendrier n'est pas prévu « à ce stade », a fait savoir le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, le 23 septembre.