Elections régionales : le report du scrutin prolongerait le brouillard à droite

En mal de champion pour la présidentielle, la droite comptait sur ces élections pour y voir plus clair et pour réfléchir au processus explosif de désignation d’un candidat.

 Christian Jacob, président de LR, ne semble pas follement pressé de trancher la question du futur candidat pour la présidentielle.
Christian Jacob, président de LR, ne semble pas follement pressé de trancher la question du futur candidat pour la présidentielle. LP/Philippe Lavieille

Le report des régionales à juin? « C'est assez indolore », se félicite l'équipe d'un président de région de droite. Pour tous, une date ultérieure, et singulièrement après la présidentielle de 2022, aurait été un casus belli. Car pour plusieurs d'entre eux, Xavier Bertrand (Hauts-de-France), Valérie Pécresse (Ile-de-France) voire Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes), une réélection régionale est une condition sine qua non pour pouvoir éventuellement participer à la prochaine course élyséenne. Xavier Bertrand en a même déjà fait publiquement un préalable en assurant en août dernier : « Ma primaire, ce sera le scrutin régional dans les Hauts-de-France. »

Voilà donc la droite, en mal de champion, contrainte d'attendre encore plus longtemps avant d'y voir un peu plus clair dans le brouillard qui entoure son destin. Initialement, le président de LR Christian Jacob souhaitait attendre mars, et donc de connaître le résultat des régionales, avant de trancher la méthode sensible de départage des candidats à la fonction suprême. Le report des régionales interfère-t-il donc avec la désignation du futur champion? « Ça ne pose aucun problème, il faut prendre les étapes les unes après les autres », désamorce le président de LR Christian Jacob. « On verra ça après les régionales », renvoie-t-il, pas follement pressé de trancher.

Un «schéma» de départage au tout début 2021 ?

« La période va être congelée politiquement jusqu'à la sortie de la crise sanitaire », abonde le secrétaire général de LR, Aurélien Pradié pour qui « rien ne sera audible » sur la présidentielle avant juin. Ce qui permettrait, à l'en croire, « plus de sérénité » en interne. Pas si simple, bien au contraire. Car de son côté, le président du Sénat Gérard Larcher entend bien proposer un « schéma » de départage au tout début de l'année 2021. « Si on commence à réfléchir en juin, c'est un peu tard », s'inquiète l'un de ses proches qui reconnaît que « s'il y a divergence sur le calendrier, Christian Jacob et Gérard Larcher vont devoir éclaircir ce point ».

« En 2016, la primaire avait eu lieu en novembre et ça n'avait posé aucun problème », fait valoir le président de LR, omettant de préciser que son principe et les règles avaient été annoncés dès avril 2015. Chez le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, chaud partisan d'une primaire, on est en tous les cas désormais convaincu que le parti ne peut plus attendre les régionales avant d'acter un mode de désignation. « Pour une primaire, il faut un délai pour organiser l'élection, recueillir les parrainages pour être candidat, pour faire campagne… », fait valoir un proche. « On a attendu Godot pendant un an pour rien, s'énerve Bruno Retailleau, en référence à François Baroin qui a finalement renoncé à se présenter. Après, on a dit qu'il fallait attendre les régionales. Pas de pot, on ne sait pas quand elles auront lieu! Quelle maîtrise du destin pour un parti politique! » Les régionales seront sans doute reportées, la zizanie à LR sans doute pas.