Primaire à droite : Juppé, autopsie d’une campagne ratée

SIEGE DE LA HAUTE AUTORITE (PARIS XVe), DIMANCHE SOIR. Selon certains de ses proches, la communication d'Alain Juppé a connu quelques ratés. 
SIEGE DE LA HAUTE AUTORITE (PARIS XVe), DIMANCHE SOIR. Selon certains de ses proches, la communication d'Alain Juppé a connu quelques ratés.  (LP/OLIVIER ARANDEL.)

« J'me voyais déjà en haut de l'affiche… » Le refrain de la chanson de Charles Aznavour doit résonner douloureusement aux oreilles d'Alain Juppé. Archifavori des sondages, le maire de Bordeaux a, des mois durant, marché sur l'eau. Convaincu que la victoire à la primaire était à portée de main. Dans son entourage, certains rêvaient même à haute voix de ses premiers pas à l'Elysée. « Un péché d'orgueil », selon un proche, qui explique en partie la grosse déconvenue de dimanche soir.


Convaincu d'être confronté au très clivant Nicolas Sarkozy au second tour, Juppé s'est posé d'entrée de jeu en rassembleur, en parlant à tous les Français, qu'ils soient du centre ou… de gauche. Oubliant au passage que la primaire s'adressait avant tout aux électeurs de droite.

« Il était mauvais en meeting, il aurait dû être coaché »


Alain Juppé a voulu « mener une campagne digne, fidèle à ce qu'il est », assure le député Dominique Bussereau. Résultat, « il s'est laissé enfermer dans la mollesse, alors qu'il a un vrai programme de droite », regrette un de ses soutiens. « Le problème, c'est que Juppé a été isolé, surprotégé par Gilles Boyer, son directeur de campagne, renchérit un collaborateur. Si on lui parlait directement, il pouvait entendre certaines choses, mais ce n'était pas simple d'avoir accès à lui. »


L'équipe Juppé a toujours préparé la campagne très en amont et n'a jamais voulu dévier. « Tout le monde faisait le constat qu'il était mauvais en meeting, il aurait dû être coaché », constate un soutien. Le maire de Bordeaux n'a pas non plus pris au sérieux ceux qui l'ont alerté au début du printemps sur les dangers de la campagne menée sur les réseaux sociaux sur ses prétendus liens avec le salafisme.

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« Il était convaincu que les gens ne prendraient pas cela au sérieux », dit un proche. Juppé a fini par se rendre compte de l'impact de cette « campagne dégueulasse », mais trop tard… Quant à sa communication, elle a aussi eu de sérieux ratés : en particulier son affiche « un mandat pour agir », au faux air d'avis de décès, dégainée le 1er novembre…


Sans Nicolas Sarkozy, le produit dopant de sa campagne, une nouvelle stratégie, plus offensive, a dû être improvisée en catastrophe pour le second tour. Au risque de heurter sa famille politique, notamment avec la polémique sur l'IVG. Et l e débat ne lui a pas permis d'inverser la tendance : « Il n'a pas fait passer l'idée que ses réformes étaient efficaces, ni réussi à transformer l'antisarkozysme en antifillonisme, analyse le sondeur Jean-Daniel Lévy. Et le filet de bave a été dévastateur. » A 71 ans, Alain Juppé voit ses rêves de destin national se briser définitivement.

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