Présidentielle 2022 : Arnaud Montebourg ratisse tous azimuts

L’ancien ministre du Redressement productif réfléchit à se lancer rapidement dans la course à l’Elysée. Il souhaite séduire à gauche comme à droite, et cherche comment financer son éventuelle campagne.

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 L’ex-ministre de François Hollande, reconverti depuis 2014 en chef d’entreprise dans l’agroalimentaire bio, pourrait se déclarer « dans les semaines qui viennent ».
L’ex-ministre de François Hollande, reconverti depuis 2014 en chef d’entreprise dans l’agroalimentaire bio, pourrait se déclarer « dans les semaines qui viennent ». LP/Philippe Lavieille

« Nous sommes très nombreux à recevoir des nouvelles d'Arnaud Montebourg », plaisante un parlementaire. Depuis quelques jours, l'ex-ministre du Redressement productif de François Hollande consulte à tout-va en vue d'une possible candidature à la présidentielle de 2022. L'entrepreneur, désormais éloigné du PS, croit en ses chances et prendra sa décision rapidement, « dans les semaines qui viennent » glisse un ami. Le mouvement politique, lancé dimanche dernier par ses soutiens, a vu affluer 1500 adhérents en quatre jours et enregistre une cinquantaine de nouvelles inscriptions en ligne par jour. Baptisée « L'Engagement », l'association reprend le titre de son livre, écoulé à 16 000 exemplaires depuis sa sortie en novembre. Un beau démarrage pour ce type d'ouvrage.

« Arnaud a vu, depuis la rentrée, que l'espace politique à gauche s'éclaircissait, confie un proche. Au lieu des cinq ou six impétrants potentiels, de Bernard Cazeneuve à Najat Vallaud-Belkacem, il ne reste plus que lui et Anne Hidalgo. C'est désormais une course de vitesse. » Si la maire de Paris s'apprête à lancer elle aussi un embryon de parti, Montebourg, après six ans d'exil politique entrecoupés d'une candidature malheureuse à la primaire de 2017, doit expressément réactiver ses réseaux et surtout les élargir. L'ancien député PS de Saône-et-Loire ratisse donc tous azimuts et sans se limiter à la gauche.

« Son histoire part d'un humus de gauche mais désormais il voit plus large, analyse un membre de son équipe. Pour se lancer, il veut être sûr que la France soit prête à se désenkyster du clivage droite-gauche. » Sondages à l'appui, il est persuadé que ses thèmes de prédilection (démondialisation, made in France, réindustrialisation, reconquête de la souveraineté française…) n'ont jamais été autant en phase avec l'opinion et qu'ils traversent l'arc politique. Un populisme soft, en quelque sorte.

« Sa ligne peut s'apparenter à un gaullisme modernisé »

Ces dernières semaines, Montebourg a ainsi pris contact avec le maire (LR) de Cannes David Lisnard et discute régulièrement avec le président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, possible candidat en 2022. Mardi, le numéro 2 des Républicains Guillaume Peltier a relevé des « points communs » avec l'ex-ministre. Et le 25 janvier, c'est aux côtés du député (LR) Marc Le Fur qu'il ira à la rencontre des salariés de Nokia, dans les Côtes-d'Armor. « Il y aura zéro accord d'appareil et zéro débauchage à droite, tempère son entourage. Ce qu'Arnaud recherche, c'est jeter des ponts vers les électeurs. » Une stratégie qui n'est cependant pas sans danger. « Sa ligne peut s'apparenter à un gaullisme modernisé, reconnaît un adversaire socialiste. Mais il risque de brouiller une image qui est déjà loin d'être clairement identifiée. »

Mais c'est surtout à gauche que Montebourg jette ses filets. Des ex-frondeurs socialistes aux souverainistes en passant par des Insoumis en rupture de ban… Selon nos informations, l'équipe de Montebourg aurait pris langue avec le Mouvement républicain et citoyen (MRC), fondé par Jean-Pierre Chevènement et très attaché aux valeurs républicaines, ou encore avec la Gauche républicaine et socialiste (GRS), cofondée par Emmanuel Maurel, eurodéputé élu en 2019 sur la liste de la France insoumise. François Cocq, un ancien dirigeant de LFI exclu en 2019, a franchi le pas en intégrant le premier cercle de Montebourg. « Si le problème pour Anne Hidalgo ce sont les Verts, pour Montebourg, c'est Mélenchon », analyse Philippe Doucet, membre du Conseil national du PS.

En coulisses, la sénatrice (PS) Laurence Rossignol, une très proche de l'ancien ministre, consulte aussi ses collègues de gauche. Comme Sophie Taillé-Polian, qui est à la tête de Génération. s, le mouvement de Benoît Hamon. En manque de relais sur le terrain, Montebourg tend aussi la main aux maires socialistes fraîchement élus des grandes villes comme Nancy, Montpellier, Bourges, Saint-Denis ou Rouen. « C'est plus aisé pour lui de tisser des liens avec des personnalités du parti avec qui il ne partage ni passé ni passif », confie un proche.

De sérieux handicaps

Pourtant, Montebourg part avec de sérieux handicaps. Son étiquette de « productiviste » entrave un ralliement massif des écologistes. Même s'il ne tarit pas d'éloges sur Eric Piolle, maire EELV de Grenoble. Quant aux communistes, ils restent très circonspects. « Nous n'entretenons aucune relation avec Montebourg, confie Fabien Roussel, le numéro un du PC. En plus, il n'a aucun parti et nous ne savons rien de son projet. »

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Autre obstacle sur la route de l'ex-ministre : l'argent. Alors que la maire de Paris pourrait puiser dans les caisses du PS, il ne peut compter que sur des dons — plafonnés à 4600 euros chacun — pour recueillir les quelque 10 millions d'euros nécessaires au premier tour d'une campagne présidentielle, dont au moins 3 à 4 millions en fonds propres. Quant aux entreprises que Montebourg a beaucoup fréquentées lorsqu'il était à Bercy, peu semblent enclines, pour le moment, à apporter leur obole à celui qui a fait de l'interventionnisme d'Etat une marque de fabrique. « L'argent, ça fait partie des interrogations, reconnaît un ami. Arnaud hésitera jusqu'à la dernière seconde car il lui faut à la fois l'argent… et l'engouement des Français. »