Salariés mais surendettés : ce que révèle la dernière étude de la Banque de France

108731 dossiers de surendettement ont été déposés en 2020, selon une étude de la Banque de France que nous dévoilons en exclusivité. Parmi eux, 34% sont des actifs, dont certains disposent de ressources correctes, voire confortables.

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 En 2020, l’endettement global s’est élevé à 4,8 milliards d’euros. Les deux tiers des dossiers ont été déposés par des chômeurs ou des inactifs.
En 2020, l’endettement global s’est élevé à 4,8 milliards d’euros. Les deux tiers des dossiers ont été déposés par des chômeurs ou des inactifs. LP/Adeline Daboval

Vous pouvez être actif, avec un CDI en poche, un salaire bien au-dessus du smic et, malgré tout, crouler sous les dettes, être asphyxié. Voici l'un des enseignements de l'enquête typologique sur le surendettement des ménages, publiée par la Banque de France ce mardi, que nous dévoilons. L'endettement global, en 2020, s'est élevé à 4,8 milliards d'euros. Le nombre de dossiers déposés — 108 731 — a, lui, baissé de 24 % par rapport à 2019.

Salariés mais surendettés : ce que révèle la dernière étude de la Banque de France

Une surprise, alors que la crise sanitaire du coronavirus a bousculé la vie économique française mais n'a pas — encore — eu d'effets dévastateurs sur les ménages français. L'impossibilité de consommer, au premier confinement, a notamment permis à certains particuliers de garder leur compte courant à flot. « C'est une année atypique en termes de volumes, peut-être même surprenante, analyse Mark Beguery, directeur des particuliers de la Banque de France. Les profils restent en revanche classiques. »

«Il ne faut pas confondre surendettement et pauvreté»

Parmi les dossiers présentés l'année dernière, 34 % étaient des salariés ou actifs (CDI, CDD, intérimaires, artisans…). Les chômeurs, 26 %, et les inactifs, 40 %, (retraités, invalides, sans profession, arrêt maladie longue durée…) restent, quand même, les publics les plus frappés par l'engrenage du surendettement. L'âge des personnes les plus surendettées est, très logiquement, celui d'un public actif dont la vie est lancée et sur les rails. Pour preuve, les 35-64 ans représentent 67 % des dossiers de surendettement reçus par la Banque de France.

Si la majorité (57 %) des publics touchés vivent en dessous du seuil de pauvreté, un quart disposent d'un revenu correct, voire confortable. « Il ne faut pas confondre surendettement et pauvreté, souligne Mark Beguery. Avant d'en arriver à déposer un dossier de surendettement, certains gagnaient correctement leur vie, d'ailleurs. » Des particuliers peuvent se retrouver entraînés dans des difficultés financières après des accidents de la vie, comme un divorce, une séparation ou la déclaration d'une maladie grave. D'autres rencontrent des difficultés permanentes à gérer leur budget, entre achats compulsifs et train de vie au-dessus de leurs moyens. Certains, aussi, ne parviennent plus à rembourser un crédit, souscrit plusieurs années auparavant.

Le fléau des crédits à la consommation

En particulier, les crédits à la consommation sont un véritable fléau. S'ils ne représentent que 37 % de l'endettement global, ils se retrouvent présents dans les trois quarts des dossiers de surendettement. Parfois, un crédit ne suffit plus à éponger le découvert, un autre est alors souscrit pour rembourser le premier, et ainsi de suite. Finalement, le ménage se retrouve criblé de dettes, avec une multitude de créanciers. Les comptes se retrouvent dans le rouge vif, et la deuxième lame arrive : celle des frais bancaires, en particulier les dépassements de découvert. 44 % des surendettés en souffraient l'année dernière. C'est le dernier étage de la spirale infernale qui englue une personne active, avec des revenus plus ou moins réguliers, dans les tréfonds du surendettement.

Les capacités de rebondir deviennent alors rares. « Après avoir payé leurs charges courantes, 50 % des personnes ne peuvent pas rembourser leurs dettes. Deux possibilités existent : un moratoire ou un effacement de la dette, explique Mark Beguery. Le mieux, c'est évidemment d'éviter une fuite en avant. Et, surtout, de privilégier le préventif au curatif. » Pour prévenir, justement, le risque d'une précarisation extrême en 2021, le gouvernement souhaite renforcer la prévention, avec l'ouverture de cent nouveaux Points conseil budget d'ici à l'automne.