Plan d’épargne retraite : les rendements souvent minés par des «frais injustifiables»

Le magazine 60 millions de consommateurs a passé au crible 26 plans d’épargne retraite. Ses conclusions montrent que les frais imposés sont si lourds qu’ils anéantissent bien souvent les rendements attendus.

 Pour 60 millions de consommateurs, il n’est pas possible de faire réellement fructifier son bas de laine avec un plan d’épargne retraite.
Pour 60 millions de consommateurs, il n’est pas possible de faire réellement fructifier son bas de laine avec un plan d’épargne retraite. LP/Olivier Boitet

C'est le nouveau produit d'épargne à la mode que tout bon banquier, assureur et mutualiste conseillent à son client. Mis en place dans le cadre de la loi Pacte, le PER ou Plan d'épargne retraite a séduit depuis son lancement il y a un an près de « 800 000 Français » pour « un total de 8 milliards d'euros d'encours », selon le ministre de l'Économie Bruno Le Maire début octobre.

Mais cet engouement est-il vraiment justifié ? Dans son hors-série Retraite qui parait ce jeudi, 60 millions de consommateurs, le magazine de l'Institut national de la consommation (INC), a passé au crible 26 contrats en décortiquant leurs frais et leur performance. Et ses conclusions sont accablantes.

« Des frais partout et pas qu'un peu »

« Les frais imposés par les gestionnaires viennent souvent anéantir les rendements attendus par les souscripteurs », dévoile le magazine qui note que « seuls quelques contrats méritent le détour pour le moment ». Et d'épingler les professionnels sur leur « mauvaise habitude » déjà relevée sur certains contrats d'assurance d'avoir « la main trop lourde sur les frais. Il y en a partout et pas qu'un peu », notent les deux auteurs de l'étude.

En clair, beaucoup ont calqué les tarifs de leurs contrats d'assurance sur ceux du PER. 60 millions de consommateurs égrène la liste des frais – cinq (!) au total – imposés à tout futur détenteur d'un PER. Cela commence par des frais d'adhésion (de 20 euros à 75 euros, selon les contrats), puis des frais sur versement. Plafonnés par la loi à 5 %, ils s'élèvent souvent à 2,5 % dans les contrats bancaires (chez BNP Paribas, Crédit agricole, LCL, Société générale) et dépassent facilement les 3 % chez les assureurs étudiés.

« De tels frais sont injustifiables, même s'ils sont, fort heureusement, négociables », insistent-ils. Reste que dans les faits, il n'est pas toujours facile de négocier avec son banquier ou son assureur… À l'inverse, les courtiers en ligne ne facturent aucun frais sur versement.

Une performance « faiblarde »

Suivent ensuite les frais de gestion. Ils atteignent dans certains cas 2 % sur les fonds en euros alors même que ces fonds dépassent à peine 1 % de rendement ces dernières années. La gestion des autres actifs (actions…) n'est pas non plus gratuite et peut grimper jusqu'à 1,5 % en cas de gestion libre ou pilotée chez Generali (contrat PER Generali Patrimoine).

Arrivent ensuite les frais d'arbitrage liés à un changement de support des fonds placés. Si la plupart des contrats prévoient un arbitrage gratuit par an, la note s'avère salée pour le client qui souhaite en réaliser un second dans l'année (jusqu'à 5 % de la somme arbitrée pour le PER Assurance perspective du Crédit agricole). Enfin, gare aux frais sur la rente viagère ! Ces derniers frais, peu visibles au moment de la signature du contrat s'imputent sur chaque versement… en plus des frais de gestion qui continuent de courir faute de sortie en capital. Cette ponction atteint 3 % dans bon nombre des contrats étudiés (Ambition retraite individuelle d'AG2R, Retraite individuelle d'Afer, Groupama nouvelle vie, [email protected] d'Altaprofits…)

Quant à la performance des PER passés à la loupe, elle est jugée globalement « faiblarde ». Pas de quoi permettre de faire réellement fructifier son bas de laine. Et si les fonds en euros continuent d'offrir une rémunération supérieure à 1 % par an, ils n'offrent plus la même protection à leurs détenteurs. De plus en plus des nouveaux contrats en euros ne garantissent plus le capital et les intérêts acquis à 100 % comme c'était pourtant la règle par le passé.

Malgré ce tableau négatif, le magazine relève quelques bons élèves. Les courtiers en ligne proposent, sans surprise, les plans parmi les moins chers en termes de frais de gestion et de frais sur versement. De même, l'étude salue « les frais moins importants relevés chez Apicil (M PER) et chez Mutavie (Multi Horizon retraites) ». Le PER conçu par Swiss Life et commercialisé par le site Placement-direct.fr sort aussi du lot avec de faibles frais de gestion et aucun frais sur versement.