Epargne retraite : le PER est-il fait pour vous ?

Lancé il y a tout juste un an, le Plan d’épargne retraite a séduit de nombreux épargnants. Mais le connaissez-vous vraiment ? Voici tout ce qu’il faut savoir.

 Lancé il y a un an, le Plan d’épargne retraite a déjà séduit près de 800000 Français, selon Bercy.
Lancé il y a un an, le Plan d’épargne retraite a déjà séduit près de 800000 Français, selon Bercy. PHOTOPQR/L'ALSACE/Jean-Marc Frey

P-E-R… Trois lettres pour « Plan d'épargne retraite », trois lettres que tout épargnant connaît bien, sans forcément être capable d'en dire plus. Ce produit d'épargne souffle sa première bougie : l'occasion de se pencher sur un nouvel instrument financier qui a déjà séduit près de « 800000 Français » pour « un total de huit milliards d'euros d'encours », selon le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. Il est disponible sous la forme collective du PERco (par le biais de l'entreprise) et du PERcat (catégoriel), mais le PERin, destiné aux particuliers individuels, reste le plus courant. Ce PERin est-il fait pour vous?

Le PER remplace les autres produits d'épargne retraite. Issu de la loi Pacte adoptée en 2019, il vise à mettre de l'ordre dans la jungle des produits d'épargne existants, qu'ils soient individuels ou collectifs (Perp, Perco, Madelin, article 83, Préfon…), dont la commercialisation s'est arrêtée le 1er octobre (mais qu'il est toujours possible d'abonder). « Depuis les années 1950, les gouvernements ont créé pléthore de produits d'épargne disparates et complexes qui n'ont jamais décollé, résume François Charpentier, spécialiste des questions retraites et auteur du livre « Une nouvelle sécurité sociale. De Bismarck à Macron » (ed. Economica, 2019). Leur encours de 250 milliards d'euros reste sans commune mesure avec les 1700 milliards d'euros de l'assurance vie. » Visant à simplifier l'épargne retraite, le PER regroupe les différents dispositifs d'épargne retraite existants et crée un régime universel unique de retraite par capitalisation, complémentaire de la retraite par répartition. « Quels que soient votre profession et vos changements de carrière à venir, le PER vous suit et aide à vous constituer une retraite au sein d'un seul et unique contrat », résume l'expert.

Il est plus souple. Le PER peut être souscrit auprès d'un banquier, d'un assureur, d'une mutuelle, d'un organisme de prévoyance et même auprès d'un gestionnaire d'actifs. Il prend la forme d'un contrat d'assurance vie ou d'un compte titres. « Il peut être placé soit sur des fonds en euros garantis, soit sur des supports d'investissement complémentaires plus risqués (actions, obligations…), souligne Ludovic Herschlikovitz, cofondateur du site spécialisé Retraite.fr. Plus souple que ses prédécesseurs, le PER peut être alimenté par des versements volontaires libres, programmés ou à votre guise mais aussi par transfert de fonds issus d'un ancien produit retraite (Perp, Madelin, article 83…). » Par défaut, sa gestion est pilotée, mais l'épargnant aguerri peut choisir de gérer lui-même ses placements. « Pilotée, cela signifie que votre épargne sera répartie automatiquement entre plusieurs supports financiers selon deux critères : votre profil d'épargnant − prudent, équilibré ou dynamique − et le nombre d'années qui vous séparent de la retraite », précise l'économiste. Plus vous vous rapprocherez de la retraite, plus votre épargne fera l'objet d'une gestion sécurisée. « Le PERin est censé être conservé longtemps, il est donc indispensable de vous faire conseiller par un professionnel », estime Christian Bito, vice-président de Swiss Life Gestion Privée.

Une fiscalité avantageuse. Le principal avantage du PER est fiscal. Et, là aussi, vous avez le choix : lorsque vous versez de l'argent, vous pouvez choisir d'en déduire le montant de votre revenu imposable dans la limite d'un plafond fixé pour 2020 à 32419 euros pour les salariés. Plus vous payez d'impôt, plus c'est intéressant. Un ménage soumis à la tranche marginale d'imposition de 30 % ouvre un PER de 3000 euros. Il pourra alors déduire de son revenu net imposable 30 % de ce montant, soit 900 euros. Mais attention, dans ce cas, les versements déduits sont imposés à la sortie. Cela reste intéressant lorsque l'argent est débloqué au moment du départ à la retraite et coïncide avec une baisse de revenus qui permet d'être moins imposé que durant votre vie active. Le contribuable non imposable n'est pas oublié : il est possible de bénéficier d'une fiscalité plus souple à la sortie si on n'opte pas pour la défiscalisation à l'entrée. En cas de sortie en capital, les plus-values réalisées durant le contrat sont soumises au prélèvement forfaitaire unique (30 %) tandis que le capital est soumis à l'impôt sur le revenu. En cas de sortie en rente, celle-ci est soumise à l'impôt sur le revenu mais n'est pas taxée en totalité et varie selon l'âge de l'épargnant.

Un placement judicieux pour les parents… et les enfants. Le PER est un placement dit « tunnel », destiné à durer, mais il peut être débloqué, sous forme de rente ou de capital, en cas d'accident de la vie (expiration des droits à l'assurance chômage, invalidité, décès de son conjoint ou partenaire de Pacs, surendettement et cessation d'activité suite à une liquidation judiciaire). Et, bonus, en cas d'acquisition de sa résidence principale, que ce soit un premier achat ou non. Dès lors, ouvrir un PER au nom d'un enfant mineur peut s'avérer doublement judicieux pour ses parents. Ces derniers peuvent déduire fiscalement de leur revenu imposable les versements effectués sur le PER de leur enfant, tout en lui garantissant un capital à sa majorité. Une fois majeur, l'enfant pourra en effet se servir de la somme épargnée et casser son PER pour acquérir sa résidence principale. Un montage qui permet à toute la famille de profiter de sérieux avantages fiscaux.

« Prenons l'exemple d'un couple âgé de 50 ans, parents de deux enfants et dont la tranche marginale d'imposition est de 30 %, explique Julien Vrignaud, associé au cabinet en gestion de patrimoine Euodia. Ils souhaitent donner de l'argent à leurs enfants mineurs, rattachés à leur foyer fiscal, tout en défiscalisant. S'ils ouvrent un PER au capital de 10000 euros au nom de chacun de leur enfant, ils pourront réaliser un gain fiscal non négligeable de 6000 euros (30 % de 20000 euros). A leur majorité, les enfants pourront casser leur PER pour s'acheter leur résidence principale. Au moment de la sortie de leur capital, ils seront imposés, mais plus faiblement que ne le seraient leurs parents puisqu'ils débutent dans la vie active. » Ainsi, « cette solution permet de donner tout en contrôlant la destination finale des fonds, en bénéficiant au passage d'une réduction d'impôt à hauteur de la tranche marginale des parents ! »

Gare aux coûts. Le PER fait l'objet de frais sur versement et de frais de tenue de compte qui peuvent grever sur la durée le rendement de votre épargne. « Si vous versez 100 euros sur un contrat et qu'il vous en reste que 95 euros avec 5 % de frais de versement − taux légal maximal prévu par la loi et appliqué par de nombreux établissements − et une performance à 2 %, vous perdez de l'argent à chaque versement et il vous faudra près de trois ans pour récupérer vos 100 euros net ! avertit Ludovic Herschlikovitz, cofondateur du site spécialisé Retraite.fr. Pensez à comparer et négocier ces frais. »

Envie d'en ouvrir un ? Avant de vous lancer, faites le point pour savoir si vous en avez besoin sur le site Assuranceretraite.fr. « Il permet d'obtenir une simulation en fonction de votre relevé de carrière reconstituée et votre date de départ simplement avec votre numéro de sécurité sociale », souligne Christian Bito, vice-président de Swiss Life Gestion Privée et professeur à l'Essec.