Banques en ligne : gare aux augmentations de tarifs cachées !

Crise oblige, les banques en ligne cherchent à atteindre rapidement l’équilibre. Certaines commencent à réviser discrètement leurs tarifs… Clients, ouvrez l’œil !

 Depuis cet été, la néobanque britannique Revolut impose des frais de change de 0,5 % dès 1 000 euros au lieu de 6 000 euros de transactions.
Depuis cet été, la néobanque britannique Revolut impose des frais de change de 0,5 % dès 1 000 euros au lieu de 6 000 euros de transactions. LP/Lucas Barioulet

Les temps sont durs pour les services financiers digitaux, les banques en ligne et néobanques. Dans le giron, pour la plupart, d'acteurs traditionnels eux-mêmes malmenés, ils sont les premiers à payer à prix fort la crise liée au coronavirus, quand ce n'est pas tout simplement leur manque de rentabilité. Au fil des mois, la liste des disparitions s'allonge. Mis à part C-zam, le service bancaire de Carrefour Banque, qui a communiqué sur l'arrêt de ses opérations mi-juillet, la plupart cesse discrètement leurs activités à destination des particuliers, tout en annonçant conserver des services à destination des professionnels. « Une manière habile de ne pas fermer boutique officiellement », confie Maxime Chipoy, président de Moneyvox, comparateur de services bancaires en ligne.

C'est le cas de la jeune pousse Morning, propriété de la banque Edel (groupe Leclerc), de Ditto Bank (Travelex), de Ferratum Mobile Bank (groupe finlandais Ferratum) ou encore de Boon, la néobanque du groupe allemand Wirecard à l'origine d'un scandale retentissant cet été où elle est suspectée de fraudes et falsifications de ses comptes… Et d'autres pourraient suivre.

Présents uniquement en ligne, sans agence « en dur » pour recevoir leurs clients, ces acteurs digitaux semblaient pourtant mieux armés sur le papier pour affronter la crise. En réalité, il en est tout autre. « Ils dépensent beaucoup d'argent pour recruter de nouveaux clients et perdent encore énormément de cash, ce qui n'est jamais bon en période de crise où les directions générales demandent des comptes et cherchent à rentabiliser leurs investissements », analyse le président de Moneyvox.

Faire payer des services jusque-là gratuits

Si l'équilibre est trop lointain et incertain, la maison mère préfère arrêter les frais. Sinon, elle va tout faire pour rendre sa filiale digitale plus rapidement rentable. Comment ? En faisant payer des services jusque-là gratuits. Et sur ce sujet aussi, les néobanques sont plutôt discrètes. Selon Moneyvox, plusieurs d'entre elles viennent de modifier leurs conditions générales. Cela reste à la marge mais cela pourrait ouvrir la voie à d'autres. Ainsi, si vous êtes clients chez ING (ex-ING Direct), sachez que toute demande de duplicata d'un relevé bancaire est devenue payante depuis le 1er septembre (1,50 euro par document posté). La filiale du groupe bancaire néerlandais, qui visait la rentabilité cette année, ne la prévoit plus avant 2021. Chez Hello Bank ! (groupe BNP Paribas), c'est la copie de chèques qui est payante depuis le 1er juillet : 12,90 euros si le chèque a été émis depuis moins d'un an et 27 euros au-delà selon Moneyvox qui a passé au crible leurs documentations bancaires.

Chez d'autres, les évolutions tarifaires sont plus subtiles. Elles consistent à réduire le nombre ou le montant des opérations gratuites. La filiale française de la banque mobile allemande N 26 propose toujours « un compte bancaire sans frais mensuels » et « sans conditions de dépôt ni de revenus » mais contraint désormais ses clients N 26 Standard qui n'ont pas domicilié leurs revenus chez elle à payer 2 euros de frais de retrait à un distributeur dès la quatrième opération mensuelle au lieu de la sixième auparavant… Quand on sait que N 26 propose un compte de paiement sans la capacité - pour le moment - de souscrire un crédit immobilier ou une solution d'épargne, y domicilier ses revenus doit faire réfléchir…

Quant à la néobanque britannique Revolut, la plus prisée des voyageurs pour ses tarifs ultra compétitifs, elle impose depuis cet été des frais de change de 0,5 % dès 1 000 euros au lieu de 6 000 euros de transactions, note Moneyvox. Et depuis le 12 août, elle les double même le week-end à 1 %.