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Voiture, avion, train… la révolution hydrogène est en marche

Le patron d’Airbus dévoile dans le Parisien-Aujourd’hui en France ses projets d’appareil zéro émission, avec l’ambition de lancer la production en 2035. Une illustration du bouleversement technologique qui s’annonce.

 Une station de recharge pour les véhicules à hydrogène utilisée par la flotte de taxis de la compagnie Hype.
Une station de recharge pour les véhicules à hydrogène utilisée par la flotte de taxis de la compagnie Hype.  LP/Arnaud Dumontier

Et si la solution résidait dans une simple goutte d'eau? L'un de ses éléments, l'hydrogène, (le « H » de la molécule H2O) étant pratiquement inépuisable sur notre planète, il devrait s'imposer comme la prochaine révolution technologique. Une révolution verte puisque, en décarbonant nos industries, elle sera synonyme de réduction de la pollution.

C'est en tout cas la stratégie du gouvernement français, qui a alloué à l'hydrogène une enveloppe de 2 milliards d'euros sur deux ans, plus 5,2 milliards d'euros d'ici à 2030, dans le cadre de son plan de relance. De leur côté, 33 géants hexagonaux (Air Liquide, Engie, Total, Faurecia, Plastic Omnium, etc.) ont rassemblé 80 PME au sein de 160 projets, avec le soutien de 54 collectivités territoriales, pour un montant global de 32 milliards d'euros. Entre 50 000 et 150 000 emplois, directs et indirects, pourraient ainsi être créées.

Partout, la course à l'hydrogène est lancée. La Corée, le Japon ou encore la Chine sont déjà bien avancés. Sur le continent européen, l'Allemagne, qui mise sur les trains à hydrogène, va investir 9 milliards d'euros sur dix ans, tandis que les Portugais vont débloquer 7 milliards d'euros. Vers 2050, la part de l'hydrogène dans le mix énergétique européen, presque nulle aujourd'hui, pourrait atteindre 12 % ou 14 %.

Les constructeurs dans la course

Dans la compétition qui s'annonce, « nous ne manquons pas de champions industriels », a souligné le ministre de l'Economie Bruno Le Maire le 9 septembre lors de la présentation de la stratégie nationale pour l'hydrogène. « L'hydrogène est un bon candidat pour les poids lourds, les bus, les bateaux, les trains ou les avions », abonde Marc Jedliczka, de l'association NégaWatt.

Le patron d'Airbus Guillaume Faury affirme ainsi son ambition d'être le premier constructeur au monde à produire à l'horizon 2035 un avion à l'hydrogène. Pour se passer du diesel, très polluant, le patron de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, parie lui aussi sur l'hydrogène pour faire circuler des trains sur la moitié du réseau qui n'est pas électrifié. La Bourgogne-Franche-Comté, l'Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes et le Grand Est ont déjà manifesté leur intérêt auprès de la SNCF pour s'équiper d'une dizaine de rames à l'horizon 2023.

Les constructeurs automobiles ne sont pas en reste. Dès 2013, Hyundai a commercialisé une ix35 adaptée en « fuel cell » (hydrogène), avant de concevoir un modèle spécial, le Nexo, en 2018. Toyota est aussi en pointe avec sa Mirai (« futur » en japonais). Sortie en 2014, elle équipe la flotte francilienne des taxis Hype. Plus de 20 000 véhicules à hydrogène circulent dans le monde, s'approvisionnant dans près de 400 stations de recharge. En France, Renault et PSA commencent timidement en lançant des utilitaires, Kangoo et Master Z.E. pour l'un, Expert, Jumpy et Vivaro pour le second.

Un bémol tout de même : 80 % de l'hydrogène provient aujourd'hui du charbon, du pétrole ou du gaz, en rejetant des millions de tonnes de CO2 par an dans l'atmosphère. Pour « verdir » la production, le gouvernement mise sur l'électrolyse, qui combine eau et courant électrique issu du renouvelable (photovoltaïque, éolien, etc.). Mais si la technologie veut s'imposer, « il faudra réduire les coûts », avertit Philippe Boucly, le président de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustible (Afhypac), qui évalue à 24 milliards d'euros les investissements nécessaires en France d'ici à 2030.