«Une prise de conscience»: comment l’angoisse du Covid-19 pousse les parents à faire une donation

Il est encore trop tôt pour parler de tendance nationale mais selon des notaires, les dons d’argent aux enfants et aux petits-enfants augmentent dans ce contexte de crise sanitaire et économique.

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 Depuis la fin du premier confinement, certains parents et grands-parents s’empressent de réaliser des donations, à leurs enfants ou petits-enfants.
Depuis la fin du premier confinement, certains parents et grands-parents s’empressent de réaliser des donations, à leurs enfants ou petits-enfants. LP/Paul Lemaire/

C'est un « crève-cœur » mais la décision est prise. Florence, cette commerciale de 54 ans de Cherbourg (Manche) a mis en vente la maison familiale du Cotentin pour donner un coup de pouce à ses deux enfants âgés de 27 et 30 ans. Plutôt que de leur léguer les murs, le couple compte se servir des bénéfices pour leur faire une donation de 100 000 euros à chacun.

C'était encore inimaginable il y a un an. Mais le confinement, la crise sanitaire, l'anxiété ambiante et tout simplement la peur de mourir terrassé par le Covid-19, ont provoqué « une prise de conscience » chez ces parents. « Nous sommes en appartement, mais nous gardions la maison pour y passer quelques week-ends, confie-t-elle. Nous avons finalement décidé qu'il valait mieux laisser des liquidités à nos enfants pour qu'ils puissent avancer. Le chômage et le contexte économique, nous a fait craindre de les voir en difficulté, sans pouvoir les aider parce que nous serions décédés subitement… »

40 % de demandes en plus chez ce notaire de Paris

Comme elle, depuis la sortie du premier confinement, certains parents et grands-parents s'empressent de passer devant le notaire pour réaliser des donations, à leurs enfants ou petits-enfants. Rattrapés par l'angoisse de l'avenir. Nathalie Couzigou Suhas, notaire à Paris (Ve), a reçu « environ 40 % » de demandes de donations en plus. « Certains sont apeurés à l'idée de disparaître sans avoir rien laisser à leurs enfants. Ils ont pris conscience de la fragilité de la vie », observe-t-elle. Marc Girard, notaire depuis 40 ans à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), a observé la même tendance dans son office. « C'est partout pareil ! », pense-t-il.

Impossible, pour l'instant, d'affirmer qu'il s'agit d'une tendance nationale. La Direction générale des finances publiques (DGFiP) ne recensera l'ensemble des donations réalisées en 2020, obligatoirement déclarées au fisc, qu'en juin 2021.

Le président et fondateur du réseau « Notaire au cœur des familles » (NCF), a lui-même envoyé un courrier à ses clients pour les inciter à se pencher sur la gestion patrimoniale, sentant poindre une « vive inquiétude ». « Mon rôle est de les conseiller, qu'ils ne versent pas dans la panique. Ils veulent anticiper, protéger leurs proches, la donation est le meilleur moyen », appuie Marc Girard.

«Une prise de conscience»: comment l’angoisse du Covid-19 pousse les parents à faire une donation

Il a notamment reçu Christian en août dernier. Ce comptable de 60 ans de Cagnes-sur-Mer a légué la maison à son fils unique, tout en gardant l'usufruit - c'est-à-dire le droit d'y vivre avec son épouse jusqu'à sa mort - et réalisé une donation de 100 000 euros. « Il a un projet d'achat d'appartement, nous voulions l'aider, explique-t-il. Avec ma femme nous souhaitions, aussi, nous occuper de la succession dès aujourd'hui, voilà une bonne chose de faite ! » L'idée avait germé « avant le Covid », affirme Christian, mais s'est concrétisée au sortir du premier confinement. « La crise sanitaire a-t-elle été l'élément déclencheur ?, s'interroge-t-il. Inconsciemment peut-être, oui. A 60 ans, on prend conscience que nous ne sommes pas éternels. Autant préparer l'avenir, aider ses enfants, quand il en est encore temps ! »

Des dons d'argent

Dans son office nantais (Loire-Atlantique), Vincent Chauveau a, lui aussi, vu une « modification des comportements », sans généraliser. « J'ai eu davantage de demandes pour des rédactions de testament, ou des mandats de protection future, pour choisir qui s'occupera de soi en cas d'invalidité, souligne-t-il. Les donations sont plus courantes. Je ne me risquerais pas de dire que tout a changé ! »

Mathilde, 25 ans, a par exemple reçu une deuxième donation de son grand-père, âgé de 78 ans, de l'ordre de 15 000 euros - autant que son petit frère - en septembre dernier. Il avait déjà donné cette somme à chacun il y a six ans pour « les aider à se lancer dans la vie ». « Cette fois, il nous a dit qu'il pouvait mourir très bientôt, que le Covid pouvait le terrasser très vite, s'émeut la jeune infirmière des Sables-d'Olonne (Vendée). C'est terrible à entendre, et en même temps, touchant qu'il souhaite nous protéger face à l'avenir. »