Travailleurs sociaux : le syndicat employeur du Calvados dans la tourmente

Une intersyndicale de travailleurs du secteur social a organisé un rassemblement, ce lundi 15 janvier, pour réclamer revalorisation salariale et meilleures conditions de travail. En interpellant directement le représentant de leur syndicat employeur.

 Les travailleurs du secteur social sont montés au créneau devant l’IRTS d’Hérouville Saint-Clair, dont le directeur est le délégué régional du syndicat employeur du secteur, Nexem.
Les travailleurs du secteur social sont montés au créneau devant l’IRTS d’Hérouville Saint-Clair, dont le directeur est le délégué régional du syndicat employeur du secteur, Nexem. LP/Esteban Pinel

Les quelques étudiants de passage à l'Institut régional du travail social (IRTS) d'Hérouville-Saint-Clair, tout près de Caen, ce lundi 15 janvier, ont eu une petite surprise à l'entrée. Plein de portraits de leur directeur, collés sur le mur et affublés de revendications sociales. « Le directeur de l'IRTS est aussi le délégué régional de Nexem, le syndicat employeur du secteur, pointe Aurélien Syren, délégué CGT et employé dans la protection de l'enfance. Nous sommes les premiers à interpeller aussi vivement les délégués de Nexem, notamment sur les salaires ».

Dans un secteur assez complexe, au financement assuré par divers organismes et institutions, le syndicaliste résume : « le dénominateur commun, c'est Nexem », accusé d'entretenir une certaine précarité. Ils étaient plusieurs dizaines à se rassembler à Hérouville, pour témoigner des conditions de travail des « invisibles », comme ils se surnomment. « En 20 ans, la valeur du point, pour nos salaires, n'a augmenté que de six centimes », relève Aurélien Syren.

Un « métier passion » au chevet de personnes dépendantes

Devant le portail de l'IRTS, Freddy glisse : « nous sommes les plus bas salaires ». Il travaille à l'Association calvadosienne pour la sauvegarde de l'enfant à l'adulte (Acsea). « Beaucoup de gens n'arrivent pas en fin de carrière car ils sont souvent déclarés inaptes à cause de douleurs au dos ou aux cervicales du fait de leur travail. Ou en burn-out ». L'employé, affecté au pôle handicap de la structure, décrit « un métier passion », au chevet de personnes dépendantes, pendant, parfois, de très longues journées.

Maude, une aide-soignante embauchée en 2018 dans le service, abonde : « Il faut parfois être deux pour s'occuper d'une seule personne. Quand le vieillissement se couple au handicap, c'est dur. Nous avons besoin d'embauches. C'est passionnant mais usant. Moi, je ne me vois pas faire toute ma carrière ici ».

Ces conditions de travail, le manque de moyen et les salaires peu élevés seraient autant de freins à l'attractivité de ces métiers au plus près des personnes vulnérables. Un autre travailleur mobilisé ce lundi souligne « le gros investissement personnel chaque jour, pour un travail pas visible, et peu reconnu. C'est lassant ». Lui qui accompagne des jeunes handicapés déplore l'augmentation des tâches administratives. « Nous devons toujours justifier ce que nous faisons. Et si on dépasse, car une personne a davantage besoin de nous, c'est pareil. Nous devenons des machines à faire du social ».

L'employeur accusé de ne pas défendre ses salariés

Autant de cris du cœur « du terrain, qui ont du mal à remonter, dans un secteur qui fonctionne dans l'autre sens : c'est plus l'Etat, les départements, les Agences régionales de santé qui donnent les directives vers le terrain », note Aurélien Syren. Le syndicaliste, lassé de ne pas recevoir de réponses de la part de ces institutions, a donc, avec ses camarades de lutte – SUD et FO-, orienté son action contre Nexem, le syndicat employeur. Celui-ci ne défendrait pas assez ses travailleurs, et laisserait stagner la situation, en faisant valoir les contraintes financières qu'on leur impose.

En France, 320 000 personnes travaillent dans l'action sociale. 5 000 dans le Calvados. « Ce sont aussi les agents d'entretien ou les administratifs, qui concourent au fonctionnement des structures », insiste-t-on. Beaucoup témoignent du combat pour obtenir les primes covid… quand celles-ci sont tombées.

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Des faits symptomatiques selon Aurélien Syren : « Nous avons des travailleurs pauvres, qui se retrouvent à solliciter les mêmes aides sociales que les gens qu'ils accompagnent ». Si le secteur, « peine à se mobiliser, souvent par culpabilité, en s'occupant de gens très fragiles », l'intersyndicale calvadosienne entend bien continuer à faire pression sur Nexem.