Travailleurs précaires : micmac dans le versement de la prime Covid

Annoncée dans l’urgence fin novembre, cette aide de 900 euros par mois devait profiter à 450 000 « permittents ». Problème : aujourd’hui, 130 000 d’entre eux sont toujours sur la touche.

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 La ministre du Travail se défend de tout raté. Dans son entourage, on préfère souligner que la prime a déjà été versée à 320 000 personnes ce vendredi. (Illustration)
La ministre du Travail se défend de tout raté. Dans son entourage, on préfère souligner que la prime a déjà été versée à 320 000 personnes ce vendredi. (Illustration) LP/Philippe Lavieille

Ils devaient être 450 000 précaires à percevoir la prime Covid. Sauf que pour le moment, ils ne sont que 320 000 à faire l'objet d'un ordre de virement par Pôle emploi. Le versement de l'aide pouvant aller jusqu'à 900 euros par mois destinée aux travailleurs saisonniers, de la restauration, de l'événementiel, est grippé.

Les 130 000 personnes en attente de versement vont recevoir un courrier de Pole emploi en début de semaine, lundi ou mardi. Dans ce document, il leur sera demandé de fournir des pièces, comme des attestations d'employeur, qui manquent à leur dossier. Autant d'éléments nécessaires afin de savoir si ces actifs, qui n'ont pas pu recharger leurs droits au chômage à cause des restrictions liées à la pandémie de Covid et se retrouvent sans rien, sont finalement éligibles. « Un certain nombre le seront, mais leurs dossiers, contrairement aux autres qui ont été traités automatiquement, doivent désormais l'être manuellement », explique la direction de Pôle emploi qui incite les personnes concernées à contacter leur conseiller.

Une mise en marche très laborieuse

Retard à l'allumage de Pôle emploi ou raté du gouvernement? « 320 000 personnes en bénéficient ce vendredi, c'est déjà une prouesse » se défend l'entourage de la ministre Elisabeth Borne. « On a imaginé cette prime automatique exceptionnelle fin novembre, c'est-à-dire dans l'urgence, pour répondre à des situations difficiles de certains précaires. Ce n'est pas un retard! C'est un faux procès », s'agace-t-on.

Chez Pôle emploi on met en avant la complexité d'une telle aide accordée automatiquement et rétroactivement au titre des mois de novembre et décembre, puis pour janvier et février. D'abord, l'identification des fichiers de ce type de population multicontrats et ayant cumulé des périodes de chômage sur l'année 2019 a été particulièrement laborieux. Mais aussi la nécessité de faire beaucoup de tests informatiques (notamment le week-end pour ne pas encombrer les systèmes) afin de paramétrer et de cibler les bonnes personnes.

Il s'agit notamment d'éviter de verser cette aide à tort, avec des recours a posteriori sur des trop-perçus. Autant d'ajustements nécessaires avant de déclencher cette prime. Une mise à niveau des systèmes informatiques qui a nécessité du temps, en plus de la charge de travail dévolue au versement mensuel de l'indemnisation.

« Tout cela est de la responsabilité de Pôle emploi »

D'où vient cette polémique? Fin novembre, le gouvernement a promis une aide exceptionnelle pour les « permittents », tous ceux qui surfent entre contrats courts, saisonniers et chômage, versée automatiquement pendant quatre mois. Souvent des jeunes, particulièrement frappés par la crise. Le décret est sorti le 31 décembre, prévoyant un premier versement le 15 janvier et sans aucune démarche à effectuer pour les bénéficiaires.

Entre-temps, FO et la CFDT ont demandé d'élargir les conditions, trop restrictives à leurs yeux et qui dans la première version touchait près de « 400 000 précaires ». Dans le dispositif de départ il fallait que les personnes aient travaillé 8 mois en 2019, « beaucoup trop ! » pour les syndicats. Ils ont finalement obtenu 6 mois, soit un potentiel de 450 000 personnes concernées.

Autant de correctifs qu'il a fallu intégrer à la va-vite. « En attendant, aujourd'hui, 130 000 personnes ne touchent rien. Tout cela est de la responsabilité de Pôle emploi qui a un réglage de système informatique et ça prend un peu de temps. Et quand le gouvernement fait des annonces, il ne prend pas en compte l'intendance derrière », déplore Michel Beaugas de FO.

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Pour lui, tout cela ne serait pas arrivé si le gouvernement n'avait pas mis en œuvre la réforme de l'assurance chômage en novembre 2019 : « On n'en serait pas là à devoir trouver en urgence une aide exceptionnelle! C'est à cause des nouvelles règles qu'on se retrouve avec autant de précaires qui ont épuisé leurs droits! »