Seine-et-Marne : Total arrête le raffinage à Grandpuits

L’annonce officielle devrait être faite jeudi. Des centaines d’emplois sont menacés.

 Grandpuits (Seine-et-Marne), le 27 décembre 2019. Cette raffinerie pourrait être reconvertie en un site spécialisé dans les bioplastiques.
Grandpuits (Seine-et-Marne), le 27 décembre 2019. Cette raffinerie pourrait être reconvertie en un site spécialisé dans les bioplastiques. LP/Julien Muller

La raffinerie de Grandpuits, en Seine-et-Marne, va cesser de fonctionner. Après plusieurs mois de réflexion, Total a décidé de mettre un terme à cette activité et d'entamer une reconversion du site, d'après l'agence Reuters.

Un représentant de la CGT assure que cette décision pourrait entraîner la suppression de 200 emplois chez le pétrolier et de 800 postes parmi les sous-traitants. L'annonce officielle devrait être faite jeudi, d'après le Figaro.

A la place de l'activité de raffinage, Grandpuits pourrait être reconverti dans le domaine des bioplastiques. A l'automne 2019, le Parisien a évoqué la possibilité de créer une centrale solaire de grande puissance. Mais celle-ci devait être construite à côté du site de la raffinerie et pas la remplacer.

Un porte-parole de chez Total tient tout de même à rassurer. « Il est inutile de jouer à se faire peur, dit-il. Le projet pour Grandpuits sera responsable dans toutes ses dimensions : investissements nouveaux et gestion du personnel. Personne ne perd son emploi chez Total lorsqu'il y a des évolutions industrielles. A Carling ou la Mède par exemple, il n'y a eu aucun licenciement mais des départs à la retraite et des mobilités internes vers d'autres sites de l'entreprise. »

«On ne peut pas tolérer une seule suppression d'emploi »

A Grandpuits, Adrien Cornet, délégué CGT du site, annonce une assemblée vendredi en début d'après-midi. «Ma réaction sera celle des salariés quand ils apprendront les tenants et aboutissants du dossier. Les salariés sont très inquiets sur les emplois et la transformation de leur outil de travail. On se battra pour cela. On ne peut pas tolérer une seule suppression d'emploi, alors que Total verse 7 milliards de dividendes à ses actionnaires. Enfin, quand Total raconte que cela s'est bien passé, notamment à La Mède, on ne peut pas dire que cela passe comme une lettre à la Poste quand on fait face à 50 jours de grève...

Le maire de Grandpuits-Bailly-Carrois, la commune sur le territoire de laquelle est installée la raffinerie Total depuis 1967, Jean-Jacques Brichet (SE), redoute la casse sociale. «Total a un projet apparemment intéressant mais j'ai peur que cela fasse mal, réagit l'élu. Sauveront-ils tous les emplois ? Le directeur me laisse entendre que personne ne resterait sur le carreau. Mais il ne m'en a pas dit plus. Et puis, suivant leur projet, auront-ils toujours besoin des sous-traitants ? » Ces derniers représentent quelque 800 emplois.

La transformation du site durera trois à quatre ans

Député de la 3e circonscription de Seine-et-Marne, dont fait partie Grandpuits-Bailly-Carrois, Jean-Louis Thiériot (LR), s'est tout de suite mobilisé. «On en saura plus ce jeudi mais, apparemment, Total a un projet d'usine zéro carbone très sérieux, basé sur les biomatériaux et les bioénergies, déclare le parlementaire. Ce projet baptisé Galaxie semble agrémenté d'un PSE [NDLR : plan de sauvegarde de l'emploi] bien doté et beaucoup d'emplois devraient être préservés. Pendant trois à quatre ans, la transformation du site devrait y apporter un regain d'activité. On devrait avoir le temps de se retourner. »

Le site de Grandpuits dépend d'un pipe-line qui l'alimente depuis Le Havre (Seine-Maritime). Mais en février 2019, une fuite géante a été mise au jour dans les Yvelines. Le coût probable des travaux de remplacement du pipeline d'Ile-de-France (Plif) était estimé l'été dernier entre 300 et 500 millions d'euros.

L'activité n'a repris que le 2 juin 2020. Initialement prévu à la mi-mars, en plein confinement, ce redémarrage a été repoussé à cause de la chute de la consommation mondiale de carburant due à la crise du coronavirus.

La seule raffinerie de la région

Le grand arrêt, opération de révision et d'entretien complet des installations de raffinage longue de plusieurs mois qui survient tous les sept ans, devait avoir lieu en 2021 à la raffinerie Total de Grandpuits. Son annulation a été la première conséquence de l'audit financier mené l'été dernier.

Lancé en 1966 et inauguré en 1967, le site Total de Grandpuits est la seule raffinerie en Ile-de-France. Elle traite 4,8 millions de tonnes de pétrole brut par an, alimentée notamment par le pipeline d'Ile-de-France, long de 262 km, qui transportait la matière première depuis les terminaux pétroliers du Havre à travers les régions normande et parisienne, en passant notamment par les Yvelines.

L'activité principale de cette installation classée Seveso 2 est de raffiner des pétroles bruts pour fabriquer des produits finis allant des gaz de pétrole liquéfiés (propane, butane), aux bitumes routiers en passant par les carburants (essence, gazole, kérosène) et les fiouls. La raffinerie de Grandpuits représente moins de 10 % de la capacité de raffinage en France.