Téléphonie en zone rurale : ils enragent contre Orange

En Ardèche mais aussi dans la Drôme, élus locaux et habitants veulent obliger l’opérateur à rétablir le téléphone fixe dans certaines zones coupées du monde.

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 Alain Baraquie, un habitant de Saint-Julien-Labrousse (Ardèche) qui a fondé le collectif Orange j’enrage, dénonce l’immobilisme de l’opérateur téléphonique face au manque d’entretien du réseau.
Alain Baraquie, un habitant de Saint-Julien-Labrousse (Ardèche) qui a fondé le collectif Orange j’enrage, dénonce l’immobilisme de l’opérateur téléphonique face au manque d’entretien du réseau. LP/Cyril Michaud

Entre Orange et les habitants de l'Ardèche, le courant ne passe plus. Alors qu'une mission parlementaire flash dédiée à la téléphonie en zone rurale est en cours, à l'initiative de la députée de la Drôme Célia de Lavergne, 269 élus du territoire ardéchois ont signé une pétition afin de demander des comptes à Orange et forcer l'opérateur à remplir ses obligations de service universel.

« Cette mission doit évaluer les manquements car Orange ne se préoccupe plus de ses obligations », dénonce le député Hervé Saulignac. Or, dans le cadre du service universel, toute personne qui le souhaite a le droit de réclamer l'installation d'une ligne téléphonique et de se raccorder au réseau Orange. Mais pour cela, il faut que le vieillissant réseau en cuivre soit opérationnel. « C'est un combat que je mène depuis près de dix ans, avec assez peu de résultats, concède le député. J'observe la lente dégradation du réseau cuivre qui s'amplifie et s'accélère. »

« Tous les jours je reçois des appels au secours »

Alors, les élus du département ont décidé de faire cause commune. Leur tribune sonne comme un SOS. « Tous les jours, je reçois des courriers, souligne Hervé Saulignac, des appels aux secours comme : Ma mère a 90 ans, elle a une télésurveillance et cela fait quatre mois qu'elle n'a plus de téléphone. Nous sommes sans nouvelles. C'est terrible pour les territoires ruraux. Il y a un sentiment d'abandon très fort. »

Car, avec la crise sanitaire, l'isolement des personnes vivant en milieu rural s'est renforcé. Parfois, ce sont des hameaux entiers qui se retrouvent privés de téléphone fixe, des mairies, des casernes de pompiers, etc.

« Cumulé sur une année, il nous est arrivé d'avoir jusqu'à cinq mois de coupure », témoigne Alain Baraquie, un habitant de Saint-Julien-Labrousse qui a fondé le collectif Orange j'enrage et dénonce l'immobilisme de l'opérateur tricolore. « C'est une vraie galère, car ici le portable passe très mal. Dans notre cas, ils sont venus réparer, mais il faut voir comment. Orange fait appel à des sous-traitants, ne maîtrise plus son réseau cuivre. C'est du bricolage. » Et les pannes se multiplient. Car pour Orange, estime le collectif, le réseau cuivre, dont l'extinction est programmée d'ici 2030 au profit de la fibre, n'est plus une priorité.

Pour constater l'ampleur des dégâts, il suffit d'emprunter les routes sinueuses du parc naturel régional des Monts d'Ardèche. Poteaux déracinés, câbles sectionnés, les incidents techniques sont légion. « C'est bien simple, les derniers kilomètres de lignes, Orange a arrêté de les entretenir, déplore Alain Baraquie. Ce que l'on demande : c'est la réfection totale des réseaux endommagés afin que toutes les personnes isolées puissent avoir de nouveau accès au téléphone, ce qui est un droit. »

En Ardèche et dans la Drôme, des milliers de personnes seraient ainsi privées de téléphone fixe, selon Orange j'enrage qui réclame « un diagnostic des dysfonctionnements, commune par commune ». Remonté contre Orange, le collectif implore l'Etat et l'Arcep de mettre l'opérateur devant ses responsabilités, à l'heure où la convention concernant la délégation du service universel est arrivée à échéance en fin d'année et se trouve en cours de renégociation.