Taxe sur le poids des voitures : Bercy dit non, Pompili continue «les négociations»

La proposition d’une taxe sur le poids des voitures issue de la Convention citoyenne et soutenue par Barbara Pompili a pour l’instant été retoquée par Bercy après la bronca des professionnels de l’automobile.

 Selon les professionnels avec la taxe sur le poids, l’acheteur aurait dû débourser 6 904 euros de plus pour acheter une Peugeot 5008.
Selon les professionnels avec la taxe sur le poids, l’acheteur aurait dû débourser 6 904 euros de plus pour acheter une Peugeot 5008.  LP/Fred Dugit

L'idée de taxer les automobiles en fonction de leur poids n'est pas récente. L'an dernier, un amendement déposé par Barbara Pompili, devenue depuis ministre de la Transition écologique, avait été rejeté par la majorité présidentielle. La proposition a ensuite été reprise dans les propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

Les professionnels de l'automobile, craignant que ce malus soit inscrit dans le projet de budget pour 2021 qui sera présenté lundi, sont montés au créneau pour dénoncer cette idée. Ils ont visiblement été entendus par Bruno Le Maire.

Interrogé par Les Echos, le ministre de l'Economie vient de mettre son véto sur cette taxe. « Dans le contexte économique actuel, je ne veux aucune augmentation d'impôt et je veux protéger les emplois industriels, les usines et le pouvoir d'achat des Français », insiste-t-il. Le ministre juge même incohérent et dangereux de reprendre d'une main ce qui a été accordé de l'autre il y a quatre mois en réponse au choc du Covid-19.

Thierry Cognet, le président du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA), avait dans la Tribune mis en garde contre les projets de taxation verte envisagés par le gouvernement pourraient défavorablement impacter la production automobile en France. « Un plan de massacre de l'automobile française se prépare », avait-il lancé. Avec la crise, le marché auto avec 1,6 million d'immatriculations sur l'ensemble de l'année 2020 devrait être le plus bas enregistré depuis 40 ans.

Les grosses voitures égale plus de marge

« On ne comprend pas très bien la logique qui consiste à ajouter à la taxe CO2 une autre taxe sur le poids. Imaginez que pour acheter une Peugeot 5008, un foyer devra débourser 6 904 euros de taxes de plus, et 8 215 euros pour un Renault Grand Scénic… Que des voitures électriques pourraient se voir taxer parce qu'elles sont plus lourdes que des SUV… On ne peut pas dire on fait un plan de relance et l'instant d'après dire on va attaquer la voiture française », avait-il encore dénoncé.

En effet, les constructeurs, et le groupe PSA en tête, pour gagner de l'argent et assurer la survie des usines en France sont contraints de mettre sur ces lignes de production des voitures mieux équipées et plus grosses qui permettent de dégager une meilleure rentabilité. La production des petites voitures, qui dégagent moins de marge comme pour la Twingo Renault, est assurée à l'étranger où les coûts sont moins importants.

Un malus pas forcément enterré définitivement

Sur le plan fiscal, les professionnels de l'automobile avaient calculé que le renforcement du malus CO2 ajouté au malus sur le poids rapporterait 4,5 milliards de recettes à l'Etat. « Le gouvernement veut-il réellement instaurer une taxe qui ponctionnera le secteur de 4 milliards d'euros, alors que le plan de relance s'élève à 7 milliards? » s'interrogeait Thierry Cogné en ajoutant qu'au premier rang, c'est le consommateur qui serait impacté.

Mais si Bercy a pour l'instant rassuré les constructeurs, ceux-ci restent sur leurs gardes. Car le sujet n'est peut-être pas définitivement enterré.

Le ministère de la Transition écologique continue en effet de travailler dessus. « Ce n'est pas dans la loi de finances qui va être annoncée, puisque les négociations sont encore en cours. Donc c'est normal que ce ne soit pas dans le budget. On en discute et on verra,», a expliqué ce vendredi matin Barbara Pompili sur BFMTV en assurant « défendre les propositions de la Convention citoyenne ». Elle pourrait ainsi tenter d'inscrire cette mesure dans le projet sur le climat qu'elle devrait présenter en fin d'année.