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Suppression de postes chez General Electric : un dossier ultrasensible

Une manifestation est prévue ce samedi à Belfort pour protester contre les suppressions d’emploi chez GE en France. Un dossier politiquement très sensible.

 Le plan social voulu par General Electric vient s’ajouter à celui signé en octobre 2019, après des mois de lutte et des manifestations monstres dans les rues de Belfort.
Le plan social voulu par General Electric vient s’ajouter à celui signé en octobre 2019, après des mois de lutte et des manifestations monstres dans les rues de Belfort. AFP/Sébastien Bozon

Petit à petit, General Electric (GE) éteint la lumière en France. Le conglomérat américain, spécialisé notamment dans l'énergie, qui emploie un peu plus de 13 000 personnes dans l'Hexagone, s'apprête à supprimer plus de 750 emplois directs dont près d'une centaine à Belfort (Territoire de Belfort). Pour tenter de s'y opposer, syndicats et élus appellent la population à manifester — avec le masque — ce samedi dans les rues de la cité bourguignonne.

Ce plan social vient s'ajouter à celui concernant 485 postes dans la filière gaz, signé, en octobre 2019, après des mois de lutte et des manifestations monstres dans les rues de Belfort. Très sensible socialement, le dossier l'est également sur un plan politique. En 2014, lors du rachat pour plus de 12 milliards d'euros de son concurrent Alstom Energie, General Electric (GE) s'était contractuellement engagé à créer un millier d'emplois en France d'ici 2018. En vain. GE a préféré payer une amende de 50 millions d'euros pour solder cette promesse non tenue. Un échec que syndicats et élus n'hésitent pas à rappeler à Emmanuel Macron.

A l'époque, le futur président de la République occupe successivement les postes stratégiques de secrétaire général adjoint à l'Elysée puis de ministre de l'Economie. « Et à chaque fois, il ne s'est jamais opposé à ce rachat, au contraire, rappelle un syndicaliste de feu Alstom Energie. Alors que la vente de ce fleuron français posait clairement des problèmes de souveraineté. »

L'activité nucléaire hautement stratégique

L'entreprise tricolore assure, en effet, la maintenance des turbines qui sont utilisées dans le parc nucléaire français et sur le porte-avions « Charles-de-Gaulle ». Hautement stratégique, Alstom Energie est malgré tout vendue avec la bénédiction de la France qui impose cependant un garde-fou. L'activité nucléaire d'Alstom Énergie est logée dans une coentreprise baptisée Geast, détenue à 80 % par GE et 20 % par Alstom. Surtout, l'Etat français détient une golden share ou « action préférentielle ».

Celle-ci lui donne un droit de veto sur toute décision stratégique qui concerne Geast, comme sa revente. Mais six ans plus tard, coup de théâtre. Selon des révélations du Canard Enchaîné, Geast pourrait revenir d'ici la fin de l'année sous le giron français, à travers des investisseurs tricolores et un chèque d'un milliard d'euros.

Un dossier dans le dossier qui rend d'autant plus sensibles les suppressions de postes chez General Electric. « On parle des 753 emplois supprimés dont 89 à Belfort mais c'est bien plus que ça, insiste Philippe Petitcolin, délégué syndical CFE-CGC sur le site de Belfort. Il y a également des plans prévus pour les activités informatiques, ressources humaines, gaz mais aussi charbon et nucléaire. Ce sont plusieurs centaines d'emplois qui vont disparaître sans compter ceux chez les sous-traitants. »

Déjà 3000 emplois supprimés selon les syndicats

Sur le site GE de Villeurbanne (Rhône), 200 emplois doivent être supprimés. « Avec les sous-traitants, on peut multiplier ce chiffre par trois, prévient Arnaud Séjourné, de la CFE-CGC. Ça va être une véritable saignée. » Toujours selon la CFE-CGC, depuis le rachat en 2014, 3000 emplois auraient été supprimés chez GE et 5000 chez les sous-traitants. Contactée, la direction de General Electric France n'a pas répondu.

Déjà en difficulté avant la crise du Covid-19, le géant américain s'est lancé dans un vaste plan de restructuration. L'entreprise fondée par l'inventeur américain Thomas Edison il y a près de 130 ans est par ailleurs au centre d'une enquête menée par le gendarme boursier outre-Atlantique pour fraude comptable.

En tout cas, du côté de Bercy, on assure suivre le dossier de près. Une réunion téléphonique avec la direction de GE était d'ailleurs prévue ce vendredi. « C'est une conférence téléphonique comme nous en faisons avec beaucoup d'autres d'entreprises », résume sans plus de détails le ministère de l'Economie.