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Stations de ski : sans remontées mécaniques, à l’Alpe d’Huez on espère «limiter la casse»

La station de ski iséroise tente de faire front après l’annonce du Premier ministre de ne pas autoriser les remontées mécaniques à ouvrir pour les fêtes. Les professionnels vont proposer des activités hors ski.

 Fabrice Boutet, directeur général de la SATA, la société qui gère les remontées mécaniques de l’Alpe d’Huez, se dit « atterré » de la décision du gouvernement.
Fabrice Boutet, directeur général de la SATA, la société qui gère les remontées mécaniques de l’Alpe d’Huez, se dit « atterré » de la décision du gouvernement. LP/Serge Pueyo

Les autorités persistent et signent. Après le président de la République, Emmanuel Macron, qui avait déclaré, mardi, à propos des stations de ski qu'il était « impossible de prévoir une ouverture pour les fêtes », le Premier ministre, Jean Castex, a précisé ce mercredi que « les remontées mécaniques devront rester fermées, car il ne serait pas prudent de laisser se rassembler des flux très importants de population avec des activités susceptibles de solliciter par ailleurs les services hospitaliers ».

Cette décision provoque la colère des professionnels de la montagne et des élus locaux qui travaillaient depuis des mois à l'élaboration d'un protocole sanitaire permettant d'accueillir les amateurs de ski en cette fin d'année. Ce jeudi, ils ont publié dans le Figaro une tribune intitulée : « Oui, Monsieur le Président, il faut ouvrir les stations à Noël ». Pour Alexandre Maulin, président de Domaines skiables de France, « cette décision d'interdire le ski est une aberration, car il s'agit d'une activité de plein air ».

Les stations suisses, autrichiennes et espagnoles ouvertes

À l'Alpe d'Huez (Isère), le maire Jean-Yves Noyrey, ne cache pas son écœurement : « C'est vraiment un coup de massue. On s'est fichu de nous. On nous a pris pour des moins que rien. C'est inadmissible. » Fabrice Boutet, directeur général de la SATA, la société qui gère les remontées mécaniques de l'Alpe d'Huez, se dit « atterré ». « Avec cette décision, on a l'impression de sponsoriser les stations suisses, autrichiennes et espagnoles qui, elles, vont pouvoir ouvrir, explique-t-il. Il y a 120 000 personnes en France qui vivent de l'activité des stations. Une activité qui génère 10 milliards d'euros. Ces vacances de Noël sans ski vont donc avoir des conséquences énormes. À la SATA, on ne pourra pas embaucher une soixante de saisonniers en décembre. »

De son côté, François Miquel, qui tient un magasin de location de ski dans la station iséroise, alerte : « La perte financière va être énorme. Si les vacanciers ne peuvent pas skier, pour nous, c'est une catastrophe. Ce n'est pas en louant trois paires de raquettes à neige que je vais m'en sortir. Je devais initialement embaucher trois saisonniers. Et bien pour l'instant, je vais rester seul dans le magasin. »

Une aide de 900 euros pour les saisonniers sans activité

À l'Alpe d'Huez, les vacances de Noël représentent d'ordinaire 20 % du chiffre d'affaires de la saison. Sur les 1600 saisonniers qui devaient être embauchés dans toute la station, des centaines risquent de rester sans emploi. Les saisonniers sans activité pourront bénéficier d' un revenu mensuel minimum de 900 euros a annoncé la ministre du Travail, Élisabeth Borne. Le Premier ministre a précisé que, même sans remontées, les stations pourraient ouvrir.

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François Badjily, le directeur de l'office du tourisme de l'Alpe d'Huez, espère, lui, « limiter la casse ». « Même si l'on ne peut pas faire de ski à Noël, on se prépare quand même à accueillir les vacanciers. Pour leur offrir une soupape de décontraction et les sortir de la grisaille dans laquelle ils se trouvent depuis des semaines avec ce nouveau confinement. Car Noël à la montagne, cela reste magique. Il y a de nombreuses activités comme les promenades, les randonnées en raquettes, et peut-être aussi le ski de fond, la patinoire, la piscine. À l'Alpe d'Huez, 70 % des 26 000 lits de la station sont occupés par des résidents secondaires, dont une majorité vient de la région. On espère donc que beaucoup seront là encore cette année. Mais aussi que d'autres touristes viendront de plus loin. »

Un hôtel prévoit des salles à manger privées

À l'hôtel des Grandes Rousses (106 chambres), Céline Cayot, directrice d'exploitation, veut aussi positiver. « Nous allons quand même ouvrir à partir du 18 décembre. En nous réinventant. Concernant le bar et la restauration, nous allons mettre en place une offre de room service en chambre. Il y aura aussi des salles à manger privées. On espère attirer des clients grâce à notre espace bien-être, notre spa, des massages, des séances de yoga. Et on compte proposer à notre clientèle de nombreuses activités avec nos prestataires. Comme les chiens de traîneaux, la randonnée à ski, le parapente. Nos clients vont donc redécouvrir la montagne, sans ski, mais avec toujours de l'air pur, des grands espaces et de magnifiques paysages. »