Riposte douanière de l’Europe contre les Etats-Unis : le ketchup pourrait être surtaxé

L’OMC devrait autoriser mardi les Européens à taxer davantage pour 4 milliards de dollars de produits américains après des aides octroyées illégalement à Boeing. « Il faut que l’Europe démontre sa détermination », juge le ministre Franck Riester.

 « Nous voulons la désescalade des tensions commerciales avec les Etats-Unis », dit Franck Riester, mais il faut que l’UE assume « le rapport de force ».
« Nous voulons la désescalade des tensions commerciales avec les Etats-Unis », dit Franck Riester, mais il faut que l’UE assume « le rapport de force ». LP/Arnaud Journois

C'est l'heure du deuxième round entre les Etats-Unis et l'Union européenne (UE). Alors que les Américains ont obtenu en 2019 l'autorisation de surtaxer pour 7,5 milliards de dollars (6,3 milliards d'euros) de produits européens − comme le vin, certains fromages, la porcelaine… − à la suite des subventions accordées par l'UE à Airbus, l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) devrait à son tour, ce mardi 13 octobre, permettre aux Européens de lancer des représailles financières visant environ 4 milliards de dollars (3,4 milliards d'euros) d'exportations américaines, après des aides octroyées illégalement à Boeing. Le bras de fer commercial entre l'administration de Donald Trump et Bruxelles pourrait donc encore s'intensifier.

En coulisses, alors que la Commission européenne et les Etats membres espéraient cet été que les tensions s'apaiseraient (en vain !), les hauts fonctionnaires de Bruxelles ont jusqu'au 26 octobre pour rédiger une liste de produits définitive. Pour Franck Riester, le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères en charge du Commerce extérieur, il est capital que l'UE « assume sa puissance et le rapport de force ».

Quels produits américains devraient être taxés par l'Union européenne ?

FRANCK RIESTER. Nous discutons avec nos alliés européens d'une liste, depuis que l'OMC a jugé que les Etats-Unis avaient illégalement soutenu Boeing, il y a 18 mois. Le secteur aéronautique sera certainement visé, comme le Boeing 737, pour réparer le dommage causé à notre industrie aéronautique par les aides américaines. Au-delà, rien n'a encore été figé, mais pourraient figurer sur la liste certains produits agroalimentaires, comme le ketchup ou la patate douce. Rien qu'en France, les exportations américaines de patates douces représentent un bon tiers de ce marché. Il faut que l'Europe démontre sa détermination à défendre ses intérêts en imposant des taxes aux entreprises américaines. C'est le seul moyen d'inciter les Etats-Unis à revenir à la table des négociations et à jouer à la loyale.

Cet été, les négociations se sont pourtant soldées par un échec…

C'est vrai – et cela fait pourtant plusieurs années que nous tendons la main aux Américains sur ce sujet. C'est pour cela que nous devons réagir au niveau européen en utilisant tous les moyens pour défendre nos entreprises et surtout nos emplois. C'est pourquoi nous allons appliquer des taxes dès que l'OMC nous y autorisera pour convaincre les Américains de retirer les leurs. Notre objectif n'est pas de réduire nos échanges, d'entrer dans un protectionnisme où tout le monde est perdant. Nous voulons la désescalade, mais cela suppose que l'UE assume sa puissance et le rapport de force.

L'issue de l'élection présidentielle américaine peut-elle changer la donne ?

Quel que soit le résultat des élections américaines, nous devons renforcer la souveraineté européenne et défendre nos intérêts fermement pour que Washington change de politique. Nous discutons avec nos partenaires européens du détail de notre réponse, mais nous ne lâcherons rien et nous préparons nos propres taxes.