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Revalorisation du tarif de consultation : les médecins menacent de ne plus faire d’actes gratuits

Furieux de l’augmentation, limitée à 0,50 euro, du tarif de consultation, prévue pour 2021, les syndicats de médecins pourraient imposer aux patients le paiement du renouvellement d’ordonnances ou les certificats médicaux.

 Les médecins libéraux dénoncent des « promesses de revalorisation non tenues » par le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2021.
Les médecins libéraux dénoncent des « promesses de revalorisation non tenues » par le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2021. LP/Jean-Baptiste Quentin

La fin des actes gratuits et une grande campagne de sensibilisation des patients. Après l'hôpital, la colère est maintenant dans le camp des médecins libéraux, déçus des « promesses de revalorisations non tenues ». « Ça n'est pas ainsi que l'on va régler le problème des déserts médicaux et des délais d'attente des patients », s'agace le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat de médecins, qui vient de claquer la porte des négociations conventionnelles avec la Caisse nationale d'assurance maladie.

C'était une promesse du Ségur de la santé, et les médecins en attendaient beaucoup, car, comme à l'hôpital, la médecine de ville a besoin d'un choc d'attractivité. Après avoir accordé plus de 27 milliards d'euros à l'hôpital, dont 7,2 milliards d'euros de revalorisation des salaires, un « Ségur de la médecine de ville » s'est ouvert pour, entre autres, revaloriser des tarifs arrêtés en 2017. Mais c'est mal parti. MG-France, majoritaire chez les généralistes, avait dénoncé lundi 5 octobre la faiblesse de l'enveloppe prévue en 2021 dans le projet de budget de la Sécurité sociale : « 300 millions d'euros de hausse, soit moins de 0,50 euro par consultation! Est-ce là le prix de la reconnaissance pour notre travail face à la Covid? », ironise le syndicat.

« Une enveloppe de hausse ridicule ! »

Jean-Paul Ortiz, lui, pointe la situation dégradée et les perspectives pour la médecine libérale. « A cause du confinement, la médecine de ville verra son chiffre d'affaires chuter de 1,5 milliard d'euros en 2020, soit autant d'économies pour l'Assurance maladie. Et, pour 2021, on nous demande plus d'un milliard d'euros d'économies. A côté, on nous propose une enveloppe de hausse ridicule ! »

L'Assurance maladie précise de son côté qu'elle est venue en aide à 70 552 médecins libéraux, « 450 millions d'euros ont été versés en 2020 », assure-t-elle. « Pour deux mois d'inactivité, j'ai touché 2000 euros, soit 1000 euros par mois, à peine de quoi payer mes charges », tient à témoigner le Dr Jean-Paul Hamon, médecin à Clamart (Hauts-de-Seine), et vice-président de la Fédération des médecins de France, lui aussi mécontent.

« Pas question d'attendre six ans et demi »

La CSMF appelle à « une union syndicale » et son président prévient : « Plus d'actes gratuits ». Il cite, par exemple, les renouvellements d'ordonnance, les certificats médicaux… qui dorénavant seront facturés à l'Assurance maladie. « Les patients seront de toute façon remboursés », insiste-t-il.

La Cnam dit « souhaiter la poursuite du dialogue », et promet « des revalorisations dès 2021 ». Mais, selon la CSMF, « les libéraux ne toucheront rien avant le quatrième trimestre 2023, puisque l'application de la convention a été repoussée d'un an et demi ». « Pas question d'attendre six ans et demi une augmentation de revenus alors que nos charges ont déjà augmenté de 10 % en trois ans et que nous employons 80 000 salariés qu'il faut bien payer ! ajoute la confédération. Ça n'est pas ainsi que l'on donnera envie aux jeunes de devenir médecin. »