Le régime des retraites plonge dans le rouge

Avec la pandémie, le système pourrait être déficitaire de 25,4 milliards d’euros cette année. Un manque à gagner révélé par une « note d’étape » du Conseil d’orientation des retraites.

 Cette « note d’étape » est un prélude au rapport annuel du COR, attendu fin novembre et qui servira de base aux discussions que le gouvernement entend rouvrir sur la réforme des retraites (Photos d’illustration).
Cette « note d’étape » est un prélude au rapport annuel du COR, attendu fin novembre et qui servira de base aux discussions que le gouvernement entend rouvrir sur la réforme des retraites (Photos d’illustration). AFP

Le président Emmanuel Macron n'en démord pas. La réforme du système universel de retraite doit être conduite à son terme, comme promis. La crise du Covid va-t-elle donner ce coup d'accélérateur souhaité par l'exécutif pour remettre sur l'écheveau la mère de toutes les réformes? Le rapport d'étape (que nous nous sommes procuré) du Conseil d'orientation des retraites (COR) qui doit être examiné ce jeudi, risque de laisser le gouvernement un peu sur sa faim alors que dans les rangs de la majorité certains dénoncent une réforme impossible à mener. « Ces données sont très difficiles à exploiter politiquement » confie une source gouvernementale. Commandés par le Premier ministre en août à la suite du confinement qui a entraîné la suspension de l'examen des deux projets de loi instituant un système universel de retraite et la conférence sur l'équilibre et le financement des retraites, ces travaux doivent permettre pour éclairer l'exécutif sur l'urgence d'une réforme.

L'effet Covid a certes pesé sur l'équilibre du système et « dégradé très sensiblement les perspectives financières » mais à court terme et pas (encore?) dans proportions alarmantes. « Y a pas le feu » commente un responsable syndical qui sera autour de la table jeudi.

En 2020, le système de retraites pourrait afficher un solde déficitaire de 25,4 milliards d'euros, soit 1,1 % du produit intérieur brut (PIB), selon ce « point d'étape réalisé dans des délais brefs » par le COR. Des estimations néanmoins légèrement inférieures à celles qui avaient été retenues en juin – de 29,4 milliards d'euros- par cet organisme chargé d'établir les diagnostics sur la situation financière de notre système de retraite.

Les difficultés proviennent des recettes « en baisse de 5,4 % » par rapport à 2019. Une diminution liée « au repli brutal de l'activité » et à l'envolée du chômage. Avec près de 800 000 suppressions d'emplois selon les prévisions à fin 2020 (donc des cotisations en moins), des reports de charges accordées aux entreprises, des indemnités exonérées de charges dans le cadre du chômage partiel massif, autant de mesures qui ferment le robinet des entrées de cotisations dans les caisses de retraite. « La très forte contraction des ressources associée au repli du PIB (-10 %) ne serait pas compensée par la faible diminution des dépenses liée à la faible surmortalité des retraités enregistrée jusqu'à présent » observent les auteurs. Le nombre de retraités décédés (chiffres arrêtés avant la seconde vague du Covid) représente « une diminution d'un peu plus de 0,1 % ».

Le COR très prudent sur les années suivantes

Pour le COR « cette forte dégradation du déficit serait de nature conjoncturelle ». Le solde du système de retraite « se dégraderait à nouveau sensiblement » entre 2022 et 2024 avec un besoin de financement du système de retraite qui passerait de 10,2 milliards d'euros en 2021 à 13,3 milliards d'euros en 2022. Au-delà de 2024, les dépenses suivraient la trajectoire d'avant crise.

Concernant les projections pour les années suivantes le COR se veut pour l'instant très prudent. Il doit remettre un nouveau mi-novembre (avec des chiffres complétés sur l'impact de la seconde vague Covid) et surtout il renvoie à ces travaux de 2022 « l'occasion de questionner cette nouvelle donne économique et les conséquences que peut avoir la crise de la Covid sur les scénarios de croissance de long terme ». L'organisme doit d'ailleurs engager dès 2021 « un processus de réflexion et de discussion autour des scénarios ».