Reprise lente, appareils cloués au sol, postes menacés : Lufthansa dans l’engrenage infernal

Sauvé de la faillite par l’Etat allemand, le groupe va réduire sa flotte beaucoup plus que prévu, ce qui l’oblige à encore tailler dans ses effectifs.

 Un comptoir Lufthansa fermé à l’aéroport de Francfort le lundi 21 septembre.
Un comptoir Lufthansa fermé à l’aéroport de Francfort le lundi 21 septembre.  REUTERS/Ralph Orlowski

La compagnie aérienne allemande Lufthansa a annoncé lundi des milliers de suppressions d'emplois supplémentaires, face à une reprise « nettement plus lente qu'attendue » à la suite de l'arrêt quasi-total des vols en raison du coronavirus.

Le numéro 1 européen du transport aérien, qui perd actuellement 500 millions d'euros par mois, va se séparer d'ici 2025 de 150 avions sur un total de 763, contre 100 prévus initialement.

Cette réduction de la flotte entraîne, selon la direction, « une augmentation » du nombre de « postes excédentaires » par rapport aux 22.000 (équivalent temps plein) déjà annoncés en juin. Le nombre exact de suppressions de postes visé n'a pas été communiqué.

«Limiter les licenciements secs »

Lufthansa assure vouloir trouver des accords afin de « limiter le nombre de licenciements secs », notamment à travers plus de temps partiel et donc des coupes de salaire. Ces négociations n'avancent que lentement. L'objectif annoncé est de supprimer 20 % des emplois cadres d'ici au premier trimestre 2021.

Lufthansa précise dans un communiqué que ses 14 Airbus A380 resteront cloués au sol sur le long terme : ils sont « retirés du planning » et ne pourront être réactivés qu'en cas d'une reprise « surprenante ». Le groupe avait déjà définitivement sorti de sa flotte six Airbus A380.

Les retraits d'appareils vont affecter le bilan au troisième trimestre à hauteur de 1,1 milliards d'euros. Cette tendance à se séparer de ses plus gros avions est générale dans le secteur, alors que leur rentabilité n'était déjà pas acquise avant la pandémie.

Plombée par l'obligation de quarantaine

Pour les six premiers mois de l'année 2020, Lufthansa avait déjà subi une perte nette de 3,6 milliards d'euros, dont 1,5 milliard au deuxième trimestre, période où le pic de la pandémie avait entraîné l'arrêt quasi total de l'aviation mondiale.

Après une reprise cet été, la demande reste plombée sous l'effet d'obligations de quarantaine et d'avertissements de voyage du gouvernement allemand. « Les chiffres des réservations et de passagers baissent à nouveau avec la fin de la période de voyages », note le groupe.

Au quatrième trimestre, le groupe s'attend à une offre représentant 20 % à 30 % du niveau de la même 2019, alors qu'il comptait jusque là atteindre 50 %.

Lufthansa - qui détient aussi les compagnies Swiss, Austrian Airlines et Brussels Airlines - veut limiter l'hémorragie de cash à 400 millions d'euros par mois cet hiver et vise une rentrée d'argent « courant 2021 ».

L'entreprise a bénéficié au printemps d'un plan de sauvetage de 9 milliards d'euros d'argent public, qui a fait du gouvernement allemand son premier actionnaire.