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Reconfinement : la fronde des petits commerçants

Les commerces «non essentiels», contraints à la fermeture, dénoncent une «concurrence déloyale» de ceux qui peuvent rester ouverts pendant le confinement. L’exécutif commence à craindre «un embrasement à la Gilets jaunes».

 Avec le reconfinement en France, magasins de vêtements, librairies ou coiffeurs ont fermé jeudi soir pour au moins quinze jours.
Avec le reconfinement en France, magasins de vêtements, librairies ou coiffeurs ont fermé jeudi soir pour au moins quinze jours. LP/Olivier Arandel

Des manifestations de commerçants en colère, comme en Itali e, ou en Espagne… A l'heure où la France se reconfine face à l'aggravation de l'épidémie de Covid-19, le scénario d'un « embrasement à la Gilets jaunes » est aujourd'hui clairement redouté à l'Elysée, selon nos informations. L'annonce de la fermeture des commerces « non essentiels », comme les magasins de vêtements, les librairies, les fleuristes, les merceries de quartier, les coiffeurs, est un nouveau coup dur pour les professionnels condamnés à rester fermés. Jeudi 29 octobre dans la soirée, ils ont baissé le rideau, sans savoir s'ils pourront le relever un jour. Après avoir été à l'arrêt pendant un mois et vingt-cinq jours au printemps, le reconfinement risque d'être fatal à nombre d'entre eux.

Beaucoup crient à l'injustice. « La conséquence de cette mesure, nous disent nos adhérents, c'est la distorsion de concurrence avec la grande distribution, les hypers qui continuent de pouvoir vendre des produits comme l'habillement, les livres, les jouets » explique Jean-Eudes du Mesnil, le numéro deux du syndicat patronal CPME. « Noël représente 70 % du chiffre d'affaires pour les magasins de jouets », rappelle-t-il. Et de pointer « les grands gagnants de tout cela : les grandes surfaces et le commerce en ligne ». « En Italie, seuls les rayons alimentaires de la grande distribution avaient eu le droit de rester ouverts », rappelle Cédric Ducrocq, le président de Diamart Consulting, cabinet de conseil en stratégie.

La Fédération des Commerces spécialistes des Jouets et des Produits de l'Enfant (FCJPE) vient d'ailleurs de décider de déposer un référé devant le Conseil d'État pour violation manifeste du principe d'égale concurrence.

«Un concours Lépine des idées pour fronder»

Sur le plan sanitaire aussi, l'incompréhension est totale. « Les commerces sont sacrifiés, alors qu'ils ont respecté toutes les mesures barrière depuis six mois et qu'aucun cluster n'a été détecté chez eux », s'emporte Yohann Petiot, le directeur général de l'Alliance du commerce. « On a appliqué le protocole sanitaire à la lettre dans nos établissements.

Au bord de la faillite, certains indépendants tentent d'organiser la riposte. « Sur le terrain, c'est un concours Lépine des idées pour fronder. Certains envisagent de ne pas payer la TVA, les cotisations sociales », nous affirme Jean-Eudes du Mesnil de la CPME, très inquiet de la situation remontée par ses secrétaires généraux en régions.

D'autres tentent de rallier les élus locaux à leur cause, comme le maire de Migennes (Yonne) qui vient de prendre un arrêté « autorisant le maintien de l'ouverture des commerces non alimentaires du centre-ville » de sa commune. En Ile-de-France, le maire de Yerres a pris la même décision. Celui de Clichy vient d'autoriser les librairies à ouvrir. Même au sein de la majorité, le sujet crée des remous. Plusieurs députés ont écrit au Premier ministre Jean Castex pour « autoriser ces commerces à rouvrir leurs portes dans le strict respect des gestes barrière et des mesures de distanciation. »

«Les professionnels sont à bout»

Le gouvernement a bien conscience que le sujet est explosif. Ce vendredi, face à la bronca des libraires, il a finalement obligé la Fnac – ouverte car l'enseigne vend du matériel informatique, indispensable au télétravail – à fermer ses rayons culture pour les quinze prochains jours. « Les professionnels sont à bout, la base désespérée. Ceux qui disent ne plus rien avoir à perdre sont en train de se préparer pour manifester », affirme Didier Chenet, président du GNI (ancien Synorcat), syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs, eux aussi à l'arrêt.

A Toulouse comme à Lyon, des invitations à se rassembler s'échangent sous le manteau. Selon les remontées locales de la CPME, en Bretagne comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur, des commerçants appellent à agir. « Quand ils descendront dans la rue, ce sera trop tard, estime Jean-Eudes du Mesnil. C'est pour cela que nous faisons tout pour que le gouvernement aille plus loin dans les mesures en direction des commerçants, des indépendants et des restaurateurs ». Et de rappeler : « Eux n'ont pas droit au chômage et, en plus, ils ont des dettes à payer! »

Tous ont les yeux rivés sur la date de revoyure fixée par Emmanuel Macron à dans 15 jours, en fonction de la situation sanitaire du pays. Yohann Petiot, de l'Alliance du commerce, l'assure : « Nous allons tout faire d'ici là pour convaincre que nous pouvons ouvrir de façon responsable. »