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Confinement et emploi : chute historique du nombre d’embauches

Les embauches se sont effondrées au deuxième trimestre, du jamais-vu depuis la création de la Dares. Petit signe d’espoir, les embauches en CDI tirent néanmoins leur épingle du jeu.

 Le nombre d’embauches en CDI chute de 41,3 % contre une baisse 5,6 % au 1er trimestre 2020, et les CDD connaissent un reflux de près de 50 %.
Le nombre d’embauches en CDI chute de 41,3 % contre une baisse 5,6 % au 1er trimestre 2020, et les CDD connaissent un reflux de près de 50 %.  LP/Philippe Lavieille

Le premier confinement du printemps a sonné le glas des embauches. Jamais depuis 1993, date de la création de la Dares (organisme rattaché au ministère du Travail), les recrutements s'étaient à ce point effondrés. Selon les chiffres du 2e trimestre 2020, 3 070 500 contrats de travail ont été signés dans le secteur privé (hors agriculture, intérim et particuliers employeurs), soit « un recul d'une ampleur inobservée sur l'ensemble de la série de -45,7 % » par rapport au 1er trimestre.

C'est « l'effet de la crise sanitaire du Covid-19 », affirment, telle une évidence, les auteurs de cette étude. Plus précisément, le nombre d'embauches en contrat à durée indéterminée (CDI) chute de 41,3 % contre une baisse 5,6 % au 1er trimestre 2020. Les embauches en contrat à durée déterminée sont encore plus affectées avec un reflux de près de 50 %.

Le « bouclier anti-licenciement » joue à plein. Autre donnée qui confirme ce marasme du marché du travail : le nombre de fins de contrats s'est effondré. Traditionnellement, chaque trimestre depuis la création de ces statistiques les fins de période d'essai, les démissions, les ruptures négociées, les licenciements, mais aussi les départs en retraite viennent « dynamiser » le turn-over dans les entreprises, donc les embauches, explique-t-on à la Dares. Là encore patatras : « 3 262 400 contrats ont pris fin au 2e trimestre 2020, indique la Dares, soit 44,0 % de moins qu'au trimestre précédent (après -4,6 % au 1er trimestre 2020) également du fait du confinement à la mi-mars ». Du jamais-vu dans les statistiques.

Au 2e trimestre tout semble donc s'être figé. Le chômage partiel a notamment joué à fond, servant d'amortisseur pour éviter les départs et licenciements en masse. Un « bouclier anti-licenciement » que le gouvernement a d'ailleurs choisi d'étendre dès juillet avec le dispositif d'activité partielle longue durée (APLD) pour limiter au maximum la casse. Selon la ministre du Travail, Élisabeth Borne, « 4300 accords couvrant plus de 300 000 salariés » ont à ce jour déjà été signés, dont 80 % dans des PME de moins de 50 salariés.

Les embauches en CDI tirent leur épingle du jeu. Seule bonne nouvelle dans ce sombre tableau, le déconfinement à partir du 2 juin (avec la fin de la limite de circulation de 100 km et la réouverture de la plupart des restaurants, des lieux culturels et touristiques…) a permis la reprise des embauches. « Cette levée d'un grand nombre de restrictions s'accompagne d'un rebond marqué », affirme la Dares. Même si cette tendance en juin s'est rapidement essoufflée à cause d'une baisse des recrutements en CDD courts très inférieures à celles de 2019 (de 40 % environ), « les embauches plus « longues » rejoignent les niveaux de 2019 », surligne la Dares. Une reprise « en V » sur les CDI notamment « qui s'est d'ailleurs confirmée en juillet alors que personne ne s'attendait à un tel rebond », souligne l'Unédic.

Les secteurs qui résistent le mieux. Cette reprise des embauches en contrats longs s'observe dans la santé et le commerce alimentaire notamment, qui résistent mieux car ces activités sont moins affectées par le confinement. Avec la réouverture progressive des bars et restaurants à partir du 2 juin, les contrats signés ont, là aussi, bondi, retrouvant 70 % de leur niveau habituel, mais avec une reprise plus tardive dans l'hébergement-restauration et qui reste toutefois très en deçà de celui atteint en 2019. Seul le secteur de la construction connaît un nombre d'embauches supérieur à celui observé en 2019.

Reste désormais une grande inconnue pour le gouvernement : le 4e trimestre 2020 et les effets du nouveau reconfinement sur l'emploi. « La situation n'est plus du tout la même », nous assure le ministère du Travail. « Au 2e trimestre, on avait arrêté notre économie, ce qui n'est pas le cas avec le reconfinement. Il y a un très bon rebond au 3e trimestre qui montre la capacité de notre économie à repartir. Un exemple, sur août et septembre 696 000 jeunes ont été embauchés ».