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Rachat de Suez par Veolia : «Nous attendons des garanties sur les tarifs de l’eau»

Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF), demande aussi que l’opération de rachat soit auditée et expertisée par l’Autorité de la concurrence.

 Le secrétaire général de l’AMF, Philippe Laurent, demande au gouvernement de garantir que ce rapprochement ne nuira pas à la concurrence dans le secteur de l’eau.
Le secrétaire général de l’AMF, Philippe Laurent, demande au gouvernement de garantir que ce rapprochement ne nuira pas à la concurrence dans le secteur de l’eau. IP3 PRESS/MAXPPP/Vincent Isore

Après huit semaines de bras de fer entre les deux fleurons français de l'eau et des déchets, la voie semble, ce lundi soir, dégagée pour que Veolia rachète l'essentiel de la participation d'Engie dans Suez. Au nom des villes et des intercommunalités, le secrétaire général de l'Association des maires de France (AMF), Philippe Laurent, demande au gouvernement de garantir le fait que cet éventuel rapprochement ne nuira pas à la concurrence dans le secteur de l'eau.

Quelles pourraient être les conséquences pour les communes d'une prise de contrôle de Veolia sur Suez ?

PHILIPPE LAURENT. Nous voulons réaffirmer le fait que la distribution de l'eau potable est une responsabilité politique importante des communes et des intercommunalités. Nous sommes donc directement concernés par cette affaire, avec comme préoccupation première le maintien des conditions de concurrence dans le secteur stratégique de l'eau. C'est pourquoi nous avons écrit au Premier ministre, Jean Castex (NDLR : un courrier en date du 16 septembre), pour lui faire part de notre extrême vigilance.

Que lui avez-vous demandé ?

Nous demandons au gouvernement d'être très vigilant à ce que les conditions de concurrence entre les acteurs de l'eau soient maintenues. La difficulté, c'est que le gouvernement est un peu juge et partie puisque l'Etat est actionnaire du groupe Engie (NDLR : à hauteur de 23,6 %), qui souhaite vendre ses parts dans Suez. Mais nous attendons du gouvernement qu'il apporte toutes les garanties de concurrence qui permettront de ne pas faire bondir les tarifs de l'eau en France, de maintenir un bon niveau de service et d'entretien des installations, et enfin de préserver les emplois. Le traitement de l'eau, cela représente des petites usines un peu partout sur les territoires.

Veolia et Suez représentent à eux deux 60 % du marché de l'eau en France. Qu'est-ce leur rapprochement pourrait changer pour les communes ?

A priori, cela crée, selon nous, une situation qui devient monopolistique. Cette opération demande à être auditée et expertisée par l'Autorité de la concurrence. Il n'est pas anormal que celle-ci ne se soit pas encore prononcée, mais il faudra qu'elle le fasse rapidement. C'est d'autant plus important que l'eau est un bien collectif.

Il existe plusieurs modes de gestion de l'eau par les communes. Est-ce que les équilibres en la matière pourraient changer ?

En effet, les communes disposent de trois possibilités pour administrer la gestion de l'eau : la délégation de service public, les contrats sur appel d'offres et la régie directe. Il est probable que la délégation de service public pâtira de cette recomposition du secteur. Il existe déjà un mouvement des communes pour revenir soit à une gestion en régie directe, soit à des marchés, car cela permet un meilleur contrôle par les communes. De plus en plus de villes passent des marchés, dont la durée est de trois à quatre ans, contre plutôt huit à douze ans pour une concession de service public. Il se peut donc que l'activité de délégation de service public diminue en France. Peut-être le nouvel acteur sera-t-il en capacité de devenir un champion mondial… mais en étant moins présent en France.