Prêts garantis par l’Etat : le gouvernement veut passer la durée du remboursement «de six à huit ans»

Alain Griset, ministre en charge des TPE-PME, nous annonce, en exclusivité, de nouvelles aides de soutien aux entreprises.

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 L’Etat va prendre en charge une partie des frais fixes des entreprises fermées à cause de la crise du Covid-19.
L’Etat va prendre en charge une partie des frais fixes des entreprises fermées à cause de la crise du Covid-19. LP/Olivier Arandel

Avec la fermeture des grands centres commerciaux, la fronde de restaurateurs et la crainte des professionnels de la montagne, Alain Griset, le ministre en charge des TPE-PME, a du pain sur la planche. Il nous détaille en exclusivité les mesures prises pour renforcer l'aide aux entreprises : fonds de solidarité réévalué pour certains secteurs, allongement possible de la durée de remboursement des Prêts garantis par l'Etat, prêts participatifs pour accompagner environ 20 000 PME/ETI…

En 2020, les défaillances d'entreprises ont été réduites, grâce aux aides de l'Etat. Quelles sont les prévisions pour 2021 ?

ALAIN GRISET. Nous ne pouvons pas faire de chiffrage à l'heure actuelle. Mais en 2020, il est vrai, nous comptabilisons environ 35 000 défaillances, soit 35 % de moins qu'une année normale qui en compte environ 50 000. Tant que l'Etat continuera d'accompagner les entreprises, le phénomène ne devrait pas s'accélérer.

Les TPE-PME sont-elles particulièrement en danger ?

Elles sont agiles et résilientes et ne sont pas plus en danger que les grandes entreprises. Mais certaines sont par essence, dès leur création, plus fragiles.

Elles sont malgré tout particulièrement menacées par un ratio d'endettement important, notamment lié au Prêt garanti par l'Etat (PGE)…

Le PGE a été un outil extrêmement utile, près de 700 000 entreprises en ont bénéficié, pour plus de 130 milliards d'euros. Grâce à lui, elles ont passé le moment difficile de 2020. Par ailleurs, elles pourront rembourser ces PGE avec une année de différé supplémentaire. Dans ce cas, au plus tôt, ces remboursements interviendront en mars-avril 2022 et se feront alors sur quatre ans au lieu de six ans. Néanmoins, les chefs d'entreprise s'inquiètent, ils se demandent si cette solution suffit. Je crois qu'il y a là un vrai sujet.

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Avez-vous une solution ?

Nous commençons à discuter avec la Commission européenne sur un allongement de la durée de remboursement des PGE. Nous aimerions passer de six ans à huit ans. L'important est de sécuriser les entrepreneurs et de leur donner de la visibilité. Ils ne doivent pas avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête qui viendrait freiner la reprise. Nous espérons un retour de la Commission courant 2021.

De nouvelles aides sont-elles prévues pour les entreprises qui devront rester fermées au moins plusieurs semaines ?

Oui. Nous allons continuer d'adapter le fonds de solidarité pour répondre à la diversité des situations. Aujourd'hui, les entreprises les plus affectées par la crise peuvent bénéficier d'une indemnisation à hauteur de 20 % de leur chiffre d'affaires de l'année précédente, plafonnée à 200 000 euros par mois. Mais pour un certain nombre d'acteurs, ce n'est pas suffisant.

Lesquels ?

Ceux qui ont structurellement des charges fixes supérieures à 20 % comme les salles indoor - qui accueillent les bowlings, laser game, salles d'escalade… - mais aussi les salles de sport. L'extension du dispositif de prise en charge des frais fixes à hauteur de 70 %, annoncé il y a quelques semaines pour les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 1 million d'euros, pourra leur bénéficier. Elles auront donc leurs charges fixes, à hauteur de 70 %, couvertes pour la période de janvier à juin 2021 dans la limite de trois millions d'euros par groupe.

Y a-t-il d'autres aides prévues pour les plus grandes entreprises ?

Oui. Comme nous l'avons annoncé avec Bruno Le Maire (NDLR : le ministre de l'Économie), des prêts participatifs seront mis en place dans le cadre du plan de relance, qui permettront de générer jusqu'à 20 milliards d'euros pour des PME et ETI ayant des projets d'investissements de transformation. Nous visons environ 20 000 entreprises. Ce sont les banques qui distribueront ces prêts, avec une maturité plus longue et l'Etat pourra apporter son soutien sous forme de garantie, jusqu'à 35 %, comme l'a voté le Parlement. Leur diffusion est prévue pour le premier trimestre 2021.

Les entreprises dont le chiffre d'affaires est supérieur à 1 million d'euros bénéficient d'une aide plafonnée à 3 millions d'euros. Confirmez-vous qu'elle pourrait être réévaluée à dix millions d'euros ?

Bruxelles a annoncé que les aides des Etats membres pourraient être réévaluées jusqu'à dix millions d'euros. Des échanges sont en cours sur les plafonds pour les entreprises françaises. Trois millions d'euros, cela pourrait ne pas être suffisant pour des entreprises d'une certaine taille fragilisées par de longs mois de crise.

À quel moment les aides aux entreprises seront-elles revues à la baisse ?

Le président de la République a été très clair : elles seront maintenues aussi longtemps que la crise durera. L'Etat restera aux côtés des entreprises. Aujourd'hui, déjà, 90 % de l'économie fonctionne normalement. Pour les autres, nous poursuivrons notre soutien. Mais au fur et à mesure de la reprise de certains secteurs, les aides seront ajustées en fonction de la situation économique.