Près de Quimper, Bluebus produit ses propres batteries, un cas unique en Europe

A Ergué-Gabéric, dans le Finistère, le site historique du groupe Bolloré produit l’intégralité de ses batteries, cellules comprises, destinées aux bus électriques Bluebus.

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 Ces batteries équipent les Bluebus du groupe Bolloré, vendus notamment à Ile-de-France Mobilité (IDFM) et la RATP.
Ces batteries équipent les Bluebus du groupe Bolloré, vendus notamment à Ile-de-France Mobilité (IDFM) et la RATP. LP/Yann Foreix

Des batteries produites localement en France? Toute l'Europe en rêve, et c'est un groupe breton qui l'a fait. Alors que le projet franco-allemand d'un « Airbus de la batterie », doté d'un budget de 3,2 milliards d'euros, émerge mollement, le groupe Bolloré, et son usine historique d'Ergué-Gabéric, dans la banlieue de Quimper (Finistère), fait tourner ses machines depuis plus d'une décennie. D'abord pour équiper ses 3900 Bluecar 100 % électriques qui ont composé le réseau Autolib, son système d'autopartage entre 2011 et 2018. Et aujourd'hui, ses Bluebus, en 6 et 12 mètres, vendus notamment à Ile-de-France Mobilité (IDFM) et la RATP.

Un partenariat a également été noué avec RTE pour développer des systèmes en stationnaire (immobiles). L'objectif est d'alimenter le réseau en cas de besoin, par exemple pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables. Nom de code : Ringo.

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Trois milliards d'euros d'investissements ont été nécessaires depuis le début des années 2000. Un investissement jusqu'à aujourd'hui à perte. Le pari technologique est pour le moins osé : la batterie au lithium métal polymère (LMP), est composée d'un électrolyte solide ; quand le reste du monde a opté depuis longtemps (dans les téléphones comme les automobiles) pour le lithium-ion liquide. Les avantages sont indéniables : plus stable, la batterie ne prend pas feu et occupe moins d'espace. Mais un inconvénient de taille demeure : son fonctionnement optimal se fait à une température d'au moins 60 °C. Si le véhicule ne circule pas, il doit être branché sur une prise de recharge. De quoi refroidir (pour le moment du moins) l'industrie automobile.

Les batteries équipent les Bluebus assemblés sur place

« La batterie solide à température ambiante, ça sera notre Graal, s'enflamme Lionel Fachus, responsable de la production sur le site. Mais il faudra sans doute attendre encore quelques années pour qu'elle voie le jour. » En attendant, le groupe Bolloré et sa filiale Bluebus fonctionnent en circuit court : même les cellules sont produites sur place. Un fait unique en Europe. Une fois assemblées en packs de 450 kg, les batteries LMP n'ont ainsi qu'à traverser le parking pour rejoindre la ligne de production des bus et être installées à l'arrière et sur le toit.

Preuve de l'intérêt de cette technologie de batterie solide, pratiquement tous les grands constructeurs y consacrent une part de leur budget de recherche et développement. À commencer par le numéro un mondial, Volkswagen, qui a investi plus de 300 millions de dollars (248 millions d'euros) dans la start-up américaine Quantum Scape dès 2018. Le groupe automobile aux douze marques envisage d'utiliser ses batteries dans ses propres véhicules d'ici à 2025. Une fois encore, les Bretons ont eu le nez creux.