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Ophtalmos : 51 jours en moyenne pour un rendez-vous, encore trop long

Les délais d’attente sont en baisse, relève le Syndicat national des ophtalmologistes de France. Peut mieux faire, juge l’Inspection des affaires sociales.

 S’il est plus facile de rencontrer un ophtalmologiste pour un contrôle périodique, le délai moyen s’est allongé pour un rendez-vous urgent. (Illustration)
S’il est plus facile de rencontrer un ophtalmologiste pour un contrôle périodique, le délai moyen s’est allongé pour un rendez-vous urgent. (Illustration) Paul Diaconu/Pixabay

Est-on en train de voir le bout du tunnel? En tout cas, une petite lumière est perceptible à l'œil nu si l'on en croit la dernière étude sur les délais pour consulter un ophtalmologiste. Réalisée par le CSA pour le compte du Syndicat national des ophtalmologistes de France, elle révèle un recul de 7 %, à 51 jours, du délai d'attente moyen pour un rendez-vous, quel que soit le motif (urgent ou pas) et le canal utilisé (téléphone ou Internet).

« En trois ans, le temps moyen d'attente a baissé d'un tiers », se félicite Thierry Bour, président du Snof. Mais il reste de fortes disparités. D'où une nouvelle vague de mesures en préparation qui fait déjà grincer des dents.

Pas facile d'obtenir un rendez-vous d'urgence. Le CSA a testé deux scénarios : une demande de rendez-vous rapide pour cause d'apparition de symptômes, et une demande pour contrôle habituel. Globalement, en 2020, il est plus facile de rencontrer un ophtalmologiste pour un contrôle périodique : 51 jours d'attente contre 68 en 2019. En revanche, pour un rendez-vous urgent, le délai moyen s'est allongé de 5 à 32 jours. Pour le Dr Joy Raynaud, géographe spécialiste de l'accès aux soins, « il semble que la pandémie crée une tension sur les rendez-vous rapides ».

Un tiers de refus. Selon l'étude, un tiers des appels ne débouchent sur rien, soit parce que le médecin refuse de nouveaux patients, soit, en cas d'urgence, le praticien renvoie sur l'hôpital.

De fortes disparités régionales. Les délais varient encore beaucoup selon le lieu d'habitation. En 2019, la fourchette oscillait encore 25 et 135 jours d'attente! En 2020, huit régions sur treize voient leurs délais s'améliorer. Une moindre attente qui profite surtout cette année aux régions les plus pénalisées. Ainsi, la Bretagne passe de 126 à… 47 jours pour un simple contrôle. En Normandie, on n'attend plus « que » 90 jours contre 135 l'an dernier.

Dans deux régions cependant, les délais se sont allongés de façon inexpliquée : Bourgogne Franche-Comté (+ 60 jours) et Provence Alpes Côte d'Azur (+ 12 jours). En Ile-de-France, comptez un jour de plus (26 jours), pour un contrôle.

Pour Thierry Bour les améliorations s'expliquent car « les ophtalmologues ont de plus en plus recours à des plates-formes de rendez-vous, qui optimisent le temps médical ». Il estime le retour à « des délais normaux » en 2024, le nombre de départs en retraite étant déjà inférieur aux nouveaux diplômés.

Ophtalmos : 51 jours en moyenne pour un rendez-vous, encore trop long

Confier la prescription aux opticiens ? Un optimisme que ne partage pas l'Inspection générale des affaires sociales, l'Igas. Malgré les réformes, « le nombre de patients ayant fait l'objet d'une consultation n'a pas progressé à un rythme compatible avec la demande, et les délais de prise de rendez-vous restent excessifs dans la quasi-totalité des régions », regrette-t-elle dans un rapport publié début octobre, qui préconise 28 mesures à appliquer sous 3 ans. Et cette fois, l'inspection menace : « Si les délais ne diminuent pas significativement à horizon fin 2021 », elle recommande de confier la primo prescription de verres simples, pour les 16-42 ans, aux… opticiens et orthoptistes.

Des négociations sont en cours au ministère pour appliquer certaines préconisations du rapport. Mais pour le président de Point Vision, le Dr François Pelen, « il faut arrêter d'empiler les réformes, d'en ajouter avant même que le train de mesures précédent ait totalement été mis en application ! »

Risque de dérive consumériste. La polémique ne devrait pas tarder. Car l'institut Asterès de l'économiste Nicolas Bouzou a scruté le rapport Igas. Selon ses conclusions, si elles sont appliquées les 28 mesures se traduiraient dès 2024 par une offre de services excédentaire. Situation qui pourrait générer un renouvellement d'équipement tous les deux ans, au lieu de trois actuellement, grâce à l'allongement de la validité des prescriptions, notamment. Cette hausse de consommation pourrait, selon l'institut, avoir un impact de 1,36 milliard d'euros par an sur les patients et leurs complémentaires santé. Avec le risque d'une hausse des cotisations…