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Mesures contre le Covid-19 : le casse-tête du télétravail généralisé

Imposer le télétravail dans tout le pays. C’est une option pour lutter contre la deuxième vague de la crise sanitaire qu’Emmanuel Macron doit trancher ce mercredi soir, lors de son intervention en direct aux 20 heures de TF 1 et France 2.

 Depuis le mois de juillet seuls 10 % des salariés ont été en télétravail, contre plus d’un quart des actifs fin mars.
Depuis le mois de juillet seuls 10 % des salariés ont été en télétravail, contre plus d’un quart des actifs fin mars. LP/Arnaud Dumontier

Généraliser le télétravail sur l'ensemble du pays. L'option est sur la table des différentes mesures envisagées pour lutter contre la deuxième vague, et sera tranchée ce soir par le président Emmanuel Macron. Mais ce n'est pas sans poser un certain nombre de questions.

Rendre le télétravail obligatoire? Certains, au sein de l'exécutif, plaident pour une approche plus contraignante, faute d'incitations insuffisantes. Selon le nouveau protocole sanitaire du 1er septembre, « il reste une pratique recommandée surtout dans des zones où le virus circule le plus » avait défendu la ministre du Travail, Elisabeth Borne, tablant sur la responsabilité des entreprises pour trouver des solutions adaptées via le dialogue social.

Or depuis le mois de juillet seul 10 % des salariés ont été en télétravail, contre plus d'un actif occupé sur quatre fin mars qui travaillait à 100 % à distance, au plus fort de la crise sanitaire du printemps, selon la Direction de l'animation de la recherche, des Etudes et des statistiques du ministère du Travail (Dares). A moins de décréter un état d'urgence, imposer le télétravail – qui repose sur le volontariat – pourrait se heurter, d'un point de vue juridique, à des principes constitutionnels touchant aux libertés individuelles et à la liberté d'entreprendre.

Syndicats et patronat ont ouvert une négociation

Remettre en place le télétravail, comme lors du confinement ? « Pendant le confinement il s'agissait davantage d'une continuité d'activité à distance (par exemple à domicile), obligatoire, que de télétravail régulier avec des règles très encadrées », rappelle Jean-François Foucard, en charge du sujet à la CFE-CGC, soulignant que jusqu'alors, cette pratique était peu répandue « puisqu'elle concernait seulement 3 % des salariés en 2017 ». Pendant le confinement, la pratique s'est, en effet, massivement imposée aux entreprises et aux salariés et de façon un peu anarchique.

C'est d'ailleurs dans ce cadre que syndicats et patronat ont décidé d'ouvrir dans la foulée une négociation pour mener un travail de diagnostic, prendre en compte l'évolution des attentes des salariés – nombreux désormais à vouloir changer leur mode de travail — et identifier les conditions de développement et de mise en œuvre d'un télétravail plus développé. Ces négociations doivent aboutir au plus tard le 23 novembre.

A Paris, près de 50 % de l'activité n'est pas éligible au travail à distance

Aujourd'hui beaucoup de chefs d'entreprise, comme de directeurs des ressources humaines, sont réticents à remettre en place le télétravail massif. Le Medef Paris, dans un communiqué publié ce mercredi matin, est catégorique : « le télétravail à 100 % risque d'amplifier les difficultés des entreprises », plaide Charles Znaty, son président. Et d'énumérer la longue liste des activités où cette mesure est, selon l'organisation patronale, impossible à mettre en place : « construction, industrie, sport, distribution, hôtellerie, restauration, services… » « Presque 50 % de l'activité économique parisienne n'est pas éligible au 100 % télétravail » affirme l'organisation patronale parisienne.

Une position qui n'est pas éloignée de celle défendue lors des dernières réunions d'arbitrages par le ministère du Travail. « On ne voit pas comment on peut rendre le télétravail obligatoire au moment où il y a des signaux de reprise et alors qu'on vient de lancer un plan jeunes. Comment vont faire les apprentis? » s'interroge une source gouvernementale. « Les protocoles sanitaires sont très stricts, on a tout fait pour renforcer les mesures sanitaires dans une logique de prévention. Mais il est possible de les faire évoluer encore dans la concertation », poursuit ce conseiller.

Une réunion est d'ailleurs prévue ce jeudi à 10 heures au ministère du Travail avec les partenaires sociaux pour reprendre le protocole sanitaire en fonction des annonces du président de la République.