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MaPrimeRénov’ : «Un dispositif plus avantageux et plus juste», promet Emmanuelle Wargon

Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au Logement, nous dévoile en exclusivité les nouvelles modalités du mécanisme d’aide aux travaux d’économie d’énergie, désormais accessible à tous.

 Paris, le 1er octobre 2020. La nouvelle formule de MaPrimeRénov’, présentée par Emmanuelle Wargon, pourrait permettre d’aider 400 000 à 500 000 ménages au lieu de 150 000 cette année.
Paris, le 1er octobre 2020. La nouvelle formule de MaPrimeRénov’, présentée par Emmanuelle Wargon, pourrait permettre d’aider 400 000 à 500 000 ménages au lieu de 150 000 cette année. LP/Olivier Corsan

A partir du 1er janvier 2021, MaPrimeRénov' sera l'unique dispositif d'aide à la rénovation énergétique pour tous les propriétaires. Selon Emmanuel Wargon, ministre déléguée auprès de la ministre de la Transition écologique, chargée du Logement, de nombreux foyers pourront être aidés à plus de 30% du coût des travaux de rénovation.

MaPrimeRénov' existe depuis le 1er janvier 2020. Qu'est-ce qui change aujourd'hui ?

EMMANUELLE WARGON. Il y aura plus de bénéficiaires. Elle ne ciblera pas seulement les plus modestes comme c'était le cas cette année. Elle s'ouvre à tous les Français : tous les particuliers, qu'ils soient propriétaires occupants ou bailleurs, et les copropriétés. Et il y aura aussi plus d'aides. Pour l'instant, MaPrimeRénov' (MPR) permettait de changer une chaudière, de refaire son isolation alors qu'à partir du 1er janvier 2021, elle prendra aussi en charge des travaux globaux.

Combien de Français vont être concernés?

En 2020, nous estimons que 150000 ménages auront demandé MPR. En 2021, la cible sera élargie et l'ordre de grandeur tournera donc sans doute autour de 400000 ou 500000 dossiers.

MPR propose quatre niveaux d'aides en fonction des revenus des ménages. A quoi correspondent ces catégories ?

Nous avons divisé la population en quatre, des plus modestes aux plus aisés. Ensuite, nous avons ajusté les barèmes selon deux critères : si les demandeurs habitent en région parisienne ou en dehors de l'Ile-de-France. Et nous avons par ailleurs tenu compte de la composition de la famille.

MPR est-elle un dispositif plus avantageux que le Crédit d'impôt transition énergétique ?

Il est à la fois plus avantageux et plus juste. Jusqu'ici, les 20% des Français les plus aisés bénéficiaient de la moitié du Crédit d'impôt transition énergétique (CITE). Avec MPR, nous avons un système beaucoup plus redistributif, qui permet à des gens très modestes de faire des travaux. Ensuite, les aides ne sont pas les mêmes en fonction des revenus. Avant, avec le CITE, 30% de la dépense était défiscalisée. Avec MPR, nous avons des aides par type de dépenses. A l'arrivée, il y a beaucoup de cas dans lesquels les Français vont être aidés à plus de 30% du coût des travaux ! Les Français les plus modestes peuvent même bénéficier jusqu'à 90% d'aides en additionnant MPR et les certificats d'économies d'énergie (CEE). Elle reste toutefois plafonnée à 20000 euros sur 5 ans.

MaPrimeRénov’ : «Un dispositif plus avantageux et plus juste», promet Emmanuelle Wargon

Les plus aisés ne sont-ils pas les grands perdants du nouveau système?

Au contraire, les plus aisés n'avaient déjà presque plus droit au CITE en 2020 et, grâce à MPR, ils pourront avoir une aide pour les rénovations les plus ambitieuses. En revanche, il est vrai que si l'on compare à des années plus anciennes, moins de travaux sont éligibles à MPR pour les plus aisés. Par exemple, jusqu'ici, ceux-ci pouvaient changer leurs fenêtres et profiter du CITE. Demain, seuls les plus modestes pourront le faire via MPR. Par ailleurs, nous avons augmenté les CEE qui bénéficient aussi aux plus aisés.

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Les Français les plus modestes auront-ils les moyens d'engager des travaux énergétiques en pleine crise économique ?

On aurait pu penser que MPR allait faire un flop cette année parce que nous l'avons lancée en janvier et qu'en mars nous avons été confinés. Mais ça ne s'est pas produit. La preuve : nous allons aider plus de 150000 ménages cette année, c'est-à-dire deux ou trois fois plus que ce qu'on a jamais fait.

Les Français peuvent compléter les aides de MPR avec des CEE. Leur montant global va-t-il être augmenté ?

Le montant des CEE est passé de 700 millions d'euros à 2 milliards en trois ans. Et on pense que cela va encore augmenter.

Les arnaques sont nombreuses lorsque l'on souhaite faire des travaux de rénovation énergétique. Une chaudière à 1 euro, c'est possible ?

Non, ni pour l'isolation des murs. Si l'on vous propose cela, c'est une arnaque. Il reste toutefois des offres sérieuses pour les isolations de combles, mais uniquement via les certificats d'économie d'énergie pour les ménages très modestes.

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Par rapport aux aides existantes auparavant (le CITE, les aides de l'Agence nationale de l'habitat…), l'enveloppe prévue pour la rénovation énergétique en 2021 est-elle vraiment en hausse ?

Oui. En 2021, l'enveloppe sera de 2,3 milliards d'euros. C'est beaucoup plus que toutes les aides cumulées les années passées.

Et en 2022 ?

Les montants seront comparables. Mais si nous utilisons en 2021 un peu plus d'un milliard sur les 2 milliards prévus dans le Plan de relance, il faudra se demander comment compléter les financements en 2022 car c'est une mesure importante, qui soutient l'offre et la demande. La solution pourra se trouver dans la réorientation de crédits qui n'auraient pas été consommés dans le Plan de relance.

Avez-vous évalué l'impact économique pour le secteur de la rénovation énergétique ?

Oui. On pense que cette réforme va permettre une hausse de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires supplémentaire pour les entreprises concernées et créer 22000 emplois.