Location au mois, coworking… la grande débrouille des hôteliers face à la crise sanitaire

Confrontés à une chute drastique de leur chiffre d’affaires, certains hôtels tentent de se réinventer pour traverser la crise due au Covid.

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 L’hôtel Résidence Europe de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) a notamment créé des espaces de coworking.
L’hôtel Résidence Europe de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) a notamment créé des espaces de coworking. LP/ Philippe Lavieille

Devant la tête de lit matelassée en simili cuir caramel, plus de matelas ni d'oreillers. Un bureau épuré et une chaise ont remplacé le lit grande taille. Depuis le mois de décembre, l'hôtel Résidence Europe a décidé de convertir deux étages de chambres en bureaux à louer. Comme de nombreux établissements, cet hôtel 3 étoiles de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) fait face à une chute drastique de son chiffre d'affaires : -70% en 2020. En janvier, une chambre sur quatre en moyenne a été occupée.

« Nous avons déjà aménagé cinq chambres en bureaux, les autres le seront au fur et à mesure de la demande », présente Laurence Mouchet, qui a acheté avec son mari Laurent en 1987 ce bel hôtel du début du siècle. Prix de la location du bureau : 950 euros HT le mois, 80 euros la journée. « On peut aussi louer à la semaine et je réfléchis à une offre duo, qui ajouterait l'accès à la piscine », reprend Laurence Mouchet. En plus de la salle de bains et des toilettes privatives de l'ancienne chambre, l'hôtel met à la disposition des travailleurs à distance une salle de repas avec thé et café, un coin lounge et une cour ombragée avec salons de jardin et tables en bois.

Des chambres de l’hôtel ont été converties en bureaux./LP/ Philippe Lavieille
Des chambres de l’hôtel ont été converties en bureaux./LP/ Philippe Lavieille  

En ce mois de février, deux bureaux seulement sont loués. « C'est peu, mais ces chambres auraient été vides de toute façon », évalue Laurence Mouchet. Avant d'aménager ces lieux, l'hôtel Résidence Europe proposait déjà à la clientèle affaires plusieurs salles de séminaires et un vaste espace de coworking, qui peut aussi accueillir à la demande des événements festifs.

Après avoir rénové une à une toutes les parties de l'hôtel, les propriétaires s'apprêtent aussi lancer une activité spa au printemps. « On se tourne vers l'avenir car les touristes ne vont pas revenir tout de suite et la clientèle locale ne suffit pas à remplir », tranche Laurence Mouchet.

Un mois dans un 4 étoiles parisien à 900 euros

Honotel aussi avait tenté de louer des espaces de bureaux et de coworking dans ses établissements. Mais c'est finalement vers la location au mois que le groupe a décidé de se tourner dans ses établissements Happyculture.

Baptisée « Homppy », cette offre permet de résider un mois dans un hôtel 4 étoiles à Paris pour 900 euros ou à Lyon pour 690 euros. « Nous avons choisi de rouvrir tous nos hôtels et de nous adapter car on ignore la date de fin de cette crise », confie Hélène Gauthier, la codirectrice générale du groupe.

Lancée de façon expérimentale dès mai, l'offre Homppy a connu un tel succès qu'elle a été étendue à vingt hôtels sur trente-huit en septembre. Basée sur le prix d'un studio dans la même ville, l'offre Homppy séduit les étudiants en stage, ceux qui ont délaissé leur chambre à l'année en raison des cours à distance, de jeunes travailleurs, mais aussi des professionnels en CDD ou en mission, des familles qui ont subi un sinistre, font des travaux ou se trouvent entre deux déménagements.

«Des chambres qui valent 110 ou 120 euros la nuit louées à 30 euros»

Là où elle est proposée, la location au mois représente à elle seule la moitié des 60% de taux d'occupation. « On ne demande pas de garant, juste une caution de 300 euros, explique Gaëtan Le Pogam, associé et directeur marketing de Honotel. Et la flexibilité est extrême : les clients ont jusqu'à la veille pour prolonger d'un mois. » Les hôtels, en plein centre-ville, séduisent d'autant plus qu'ils font économiser toutes les charges inhérentes à la location classique d'un appartement.

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Vu son succès, l'offre Homppy pourrait-elle encore monter en puissance à l'avenir chez Honotel ? « Pour nous, cette offre n'est pas rentable : des chambres qui valent 110 ou 120 euros la nuit sont louées à 30 euros, calcule Hélène Gauthier. Mais elle nous permet de maintenir un minimum de chiffre d'affaires, de couvrir les charges fixes et de rester ouverts pour le reste de notre clientèle. »

En 2020, sur six mois de juillet à décembre, Homppy a généré 50000 nuitées pour 2 millions d'euros de chiffres d'affaires. L'ambition pour 2021 est d'atteindre 8 millions d'euros.