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Les restaurants restent ouverts à Paris : «Un soulagement» mais...

La capitale et la petite couronne passent en zone d’alerte maximale au Covid-19, entraînant la fermeture totale des bars. Les restaurateurs pourront poursuivre leur activité, mais avec un protocole sanitaire renforcé à partir de mardi.

 A Paris (XVIIIe), le gérant du Chant des Oliviers attend de connaître les conditions sanitaires imposées aux restaurants avant de se réjouir.
A Paris (XVIIIe), le gérant du Chant des Oliviers attend de connaître les conditions sanitaires imposées aux restaurants avant de se réjouir. LP/Delphine Goldsztejn

L'annonce ne faisait guère de doute après l'aggravation des indicateurs de la situation sanitaire du Covid-19 depuis la fin de semaine dernière. Elle est tombée ce dimanche à 21h30 par la voix de Matignon. Sans surprise, Paris et la petite couronne basculent en zone d'alerte maximale, où se trouvent déjà Aix-Marseille et la Guadeloupe, avec des mesures qui vont entrer en vigueur à partir de mardi et pour une durée de quinze jours.

Les bars, déjà contraints depuis une semaine de baisser le rideau à partir de 22 heures, vont avoir pour obligation de fermer totalement. Quant aux restaurants, ils bénéficient d'un léger répit, mais avec un protocole sanitaire renforcé dont le détail sera présenté ce lundi « par les ministres compétents ».

« Pour nos restaurants, c'est un grand soulagement », réagit à chaud Didier Chenet, le président du Synhorcat, qui représente environ un tiers de la profession. Il faut dire que ces derniers jours, son syndicat, ainsi que l'Umih (Union des métiers de l'industrie hôtelière), avait fait des pieds et des mains pour éviter de fermer.

D'autres mesures vont être prises, notamment sur les rassemblements familiaux. Elles seront dévoilées ce lundi matin par la maire de Paris Anne Hidalgo.

«Le virus est toujours là, et il repart»

Ainsi en a décidé le Premier ministre, Jean Castex, au vu des conclusions rendues dimanche soir par le Haut Conseil de santé publique (HSCP), mais aussi des derniers chiffres de Santé publique France publiés ce week-end : 12 565 nouvelles contaminations dimanche, près de 17000 samedi. Et ce n'est pas tout : concernant les facs, et l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur, le nombre d'étudiants accueillis en présentiel au même moment devra être réduit de moitié par rapport à la capacité d'accueil maximale. Le télétravail, quant à lui, est « plus que jamais recommandé » dans les zones concernées.

Paris et ses alentours font donc grise mine, Marseille s'offre un petit peu d'air, puisque si les bars restent fermés, les restaurants vont pouvoir rouvrir, sous les conditions qui seront édictées ce lundi matin par le gouvernement. Mais le sentiment général est bel et bien le tour de vis généralisé. Et au plus haut sommet du pouvoir, on n'est guère optimiste pour la suite : « Le problème, c'est qu'il s'est installé chez nos concitoyens le sentiment que la crise était derrière nous. Or, c'est le contraire, le virus est toujours là et il repart », insiste Matignon.

Vendredi, au lendemain d'une visite en soirée à l'hôpital Pompidou, Jean Castex glissait même devant quelques visiteurs son inquiétude : « J'ai vu des malades dans une situation grave, y compris des jeunes. J'ai vu des personnels de santé très préoccupés car ils ont déjà subi une première vague… » Alors il assume de prendre de nouvelles mesures encore plus restrictives. « Ça ne fait parfois pas plaisir, mais c'est mon devoir », assure-t-il en privé. Au risque de braquer une profession déjà bien éprouvée par la crise ces derniers mois.

«On s'est arrangé pour ne pas avoir trop de stocks»

Reste à voir, désormais, comment les mesures vont être accueillies dans les prochaines heures. « Nous soutenons ces contraintes, nous avions nous-mêmes proposé la prise de température, la création de brigades pour contrôler le respect de ces règles et la fermeture des commerces qui ne les respecteraient pas », assure Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France (CDF).

Mais sur le terrain, la donne est différente. Dans le XVIIIe arrondissement de Paris, le gérant du Chant des Oliviers à Paris, Albert Eddassouki attend de voir quelles seront les conditions sanitaires imposées aux établissements avant de se réjouir. « Si on nous dit que les clients doivent mettre un masque, accepter de prendre leur température, etc., alors eux qui venaient déjà moins, ne viendront presque plus. Et dans ce cas, je préfère qu'on nous ferme carrément. »

Comme lui, rue Ordener, près de la mairie du XVIIIe arrondissement à Paris, nombre de restaurateurs pariaient ce dimanche sur une prochaine fermeture de leurs établissements. Et s'organisaient pour ne pas être pris de court par cette décision : en mars, l'annonce de la fermeture soudaine les avait obligés à jeter leurs stocks. « Depuis une semaine, comme on ne sait si on restera ouvert ou pas, on s'est arrangé pour ne pas avoir trop de stocks et on fonctionne à flux tendus », explique Quentin Clavier, le gérant du restaurant Nord Sud.

VIDÉO. Etchebest et les restaurateurs font du bruit : «Si on nous referme, c'est une mort assurée»

Contrairement à ce qui s'était passé durant la période du confinement, l'exécutif entend jouer à fond la carte de la concertation, en laissant la main aux responsables locaux. Mais si le virus continue de se répandre, et que les règles sont mal appliquées, Matignon n'exclut pas de durcir encore plus le ton. « Le couple maire-préfet, ça restera la règle. Mais si on voit que c'est mou du genou, alors on prendra des décisions fortes » prévient déjà l'entourage du Premier ministre. Tout le monde est prévenu.