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Les cueilleurs marocains au secours des clémentines corses

Près de 900 ouvriers agricoles sont acheminés avec un pont aérien depuis le Maroc vers la Corse. Des renforts indispensables pour organiser la récolte et la taille des clémentines qui commencent ces jours-ci.

 Le premier avion transportant les ouvriers marocains est arrivé vendredi en provenance de Casablanca. En tout, cinq vols spéciaux ont été affrétés.
Le premier avion transportant les ouvriers marocains est arrivé vendredi en provenance de Casablanca. En tout, cinq vols spéciaux ont été affrétés. LP/Pierre Santini

Un grand soleil régnait sur l'aéroport de Bastia-Poretta vendredi dernier. Sur la piste, un comité d'accueil XXL attendait le vol TO1902 de Transavia Airlines en provenance de Casablanca, avec à son bord 152 Marocains. Des passagers spéciaux. Ni touristes, ni rapatriés. Mais tout simplement des ouvriers venus cueillir et tailler dans les champs de clémentines de la plaine orientale de l'Île de Beauté.

« Ces hommes viennent travailler en Corse depuis des décennies, assure Simon-Pierre Fazi, le président de l'AOP Fruits de Corse. Normalement leur voyage est une formalité. Mais avec le Covid-19, l'organisation a été colossale. » Avec un chiffre d'affaires annuel de près de 80 millions d'euros et une filière qui représente 95 % de la production nationale, les clémentines font partie du patrimoine de la Corse. Mais surtout de son économie. Pour sauver leurs fruits, les 150 producteurs ont cassé leur tirelire. Entre les cinq avions affrétés - un deuxième est arrivé ce mercredi et trois autres sont attendus d'ici au 26 octobre -, les logements et les autres charges, 500 000 euros ont été déboursés.

Des tests effectués systématiquement

Le budget n'était pas le seul obstacle à surmonter. La validation du centre interministériel de crise et des autorités sanitaires a été indispensable. Tout comme la coopération entre la France et le Maroc. « Nous sommes la seule filière de France à avoir obtenu une dérogation pour organiser une telle opération », précise Simon-Pierre Fazi. Aujourd'hui encore, le spectre d'un éventuel reconfinement ou de la fermeture des frontières marocaines inquiète les producteurs.

Pourtant, rien n'a été laissé au hasard. Tous les passagers ont été dépistés avant leur départ de Casablanca. A l'aéroport de Bastia, des tests antigéniques ont été réalisés dans un hangar. Tous négatifs. En cas de passager « positif », un autre prélèvement est prévu avec isolement obligatoire. Puis au bout d'une semaine de travail, encore un nouveau…

«Les postes de cueillette n'intéressent pas la population de l'île»

Des moyens considérables qui soulèvent quelques critiques sur l'île. Les demandeurs d'emploi locaux auraient-ils dû avoir la priorité ? « Avant de mettre en place un dossier main-d'œuvre étrangère, il y a une obligation légale : il faut publier les annonces sur Pôle emploi, confie François-Xavier Ceccoli, président du groupe agricole Corsica comptoir. On rêverait d'embaucher des Corses. Vous imaginez les économies pour la filière ? Pas d'avion à payer, ni de logement. La réalité c'est que les ouvriers marocains sont là parce qu'il n'y a pas eu de réponse à nos offres. Les postes de cueillette n'intéressent pas la population de l'île car les conditions de travail sont très difficiles. » C'est aussi et surtout un vrai métier. Très technique. Loin du passe-temps ou du job en « extra ». « Les postes de tailleurs nécessitent un véritable savoir-faire. Une coupe ratée sur un arbre peut perturber la production sur trois ans. »

Voilà pourquoi François-Xavier Ceccoli et ses confrères travaillent avec les mêmes employés depuis des années. « Ils sont payés autour du smic, soumis au régime des heures supplémentaires et nous mettons gratuitement à disposition un logement ce qui leur permet d'épargner. C'est un système gagnant-gagnant. » Les premières clémentines devraient être bientôt sur les étals.