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Le reconfinement met la saison des champignons français à l’arrêt

Avec le confinement, il n’est plus possible d’aller ramasser des champignons en forêt. C’est toute une filière de professionnels et de particuliers qui rate une saison qui s’annonçait exceptionnelle. Reportage dans les Vosges.

 Guy Belin, le dirigeant de la Forestière du Champignon à Golbey (Vosges), dans son hangar vide… de champignons et de personnel.
Guy Belin, le dirigeant de la Forestière du Champignon à Golbey (Vosges), dans son hangar vide… de champignons et de personnel. LP/Doris Henry

Le grand hangar de la Forestière du champignon basée à Golbey (Vosges) aurait dû ressembler à une fourmilière en ce début du mois de novembre, avec des dizaines de petites mains s'affairant au tri et au conditionnement de cèpes, de chanterelles ou de trompettes-de-la-mort. Sauf que c'est tout l'inverse. Le dépôt résonne dans le vide. Seul le patron, Guy Belin, fait du rangement avec son chariot élévateur, en empilant toutes les cagettes en bois, vides elles aussi.

« Ce sont les emballages prévus pour novembre et décembre. Ils sont en attente car on ne sait pas si on va pouvoir redémarrer. » En pleine saison des champignons, l'entreprise de soixante salariés est quasi à l'arrêt depuis le reconfinement. Spécialisée dans la collecte de champignons frais dans neuf départements des alentours et réputée dans le milieu, elle livre d'ordinaire le marché de Rungis tous les matins, des grossistes et des restaurateurs et exporte 20 à 30 % de sa production.

Les chercheurs privés de sorties et de revenus

« Tout cela, on ne le fait plus car on n'a plus de volumes », ne peut que déplorer Guy Belin. Les champignons frais n'arrivent plus dans son hangar parce qu'il n'est plus possible d'aller les cueillir en forêt. Le confinement interdisant les balades à plus d'un kilomètre de son domicile, tous les ramasseurs sont privés de sortie… et de revenus.

« C'est dommageable pour eux aussi car c'est un complément de revenus non négligeable », note l'entrepreneur. Dans le réseau de la Forestière, il y a aussi les dépôts. Des saisonniers, employés par la société qui récupèrent dans leur garage les paniers des ramasseurs. Leur contrat a été suspendu, comme pour Julie, 38 ans, qui habite à Grandvillers, à trente minutes de là.

Cette maman au foyer de quatre enfants ne travaille qu'à cette période de l'année. « Je suis employée d'août à décembre. J'ouvre mon dépôt tous les jours à une trentaine de ramasseurs réguliers, des retraités ou des jeunes qui se font de l'argent de poche. On leur achetait, avant le reconfinement, 6 euros le kilo de cèpe blanc. Je suis déçue pour eux, moi aussi je suis ramasseuse de temps en temps, et c'est pour l'amour de la nature. »

Cet automne s'annonçait pourtant exceptionnel

La société gère une cinquantaine de dépôts comme celui de Julie, qui sont donc tous fermés. « C'est un savoir-faire que j'ai peur de perdre. Le champignon est un produit très fragile qu'il faut savoir manier et trier » explique Guy Belin. Et cet automne 2020 s'annonçait plutôt bon pour les chanterelles, pieds de moutons et trompettes-de-la-mort.

« On s'attendait à de gros volumes en novembre puisqu'il a plu ces dernières semaines. Ce qui est perdu, est perdu. On parle en dizaines de tonnes. » Loin d'être pessimiste, Guy Belin ne se départit pas de son sourire. « C'est ma trente-sixième saison, avec l'expérience, on a l'habitude des aléas climatiques. » Fier de son savoir-faire français, le patron craint toutefois la consommation de champignons d'import. « Nos clients risquent de se tourner vers des produits venus de Roumanie. Ils travaillent très bien à des prix bas. Si on est déconfinés en décembre, j'espère que les grandes surfaces joueront le jeu et proposeront nos champignons français. »