Le Printemps va fermer sept magasins en France, près de 430 postes supprimés

Les grands magasins de la porte d’Italie, à Paris, Strasbourg, Metz et Le Havre, ainsi que trois boutiques Citadium, seront fermés «pour sauver le groupe». Près de 430 emplois sont menacés.

 Quelque 330 postes seront supprimés dans les magasins Printemps, les 120 restant dans les enseignes Citadium.
Quelque 330 postes seront supprimés dans les magasins Printemps, les 120 restant dans les enseignes Citadium. AFP/Kenzo Tribouillard

Si la surprise n'est pas totale, « l'abattement » prévaut parmi les salariés du Printemps. Ce mardi, alors que la crise sanitaire et le confinement ont déjà durement touché le secteur de l'habillement, le groupe a annoncé la fermeture de sept de ses 27 magasins en France et la suppression de 428 postes sur 3 000. Soit 15 % de ses effectifs, tous basés en France.Quatre magasins Printemps (place d'Italie à Paris, Strasbourg, Metz et Le Havre) ainsi que trois boutiques Citadium, l'enseigne de mode urbaine, à Paris (Champs-Élysées et Nation) et Toulon sont concernés. Le vaisseau amiral du boulevard Haussmann à Paris reste ouvert mais verra ses effectifs diminuer.

Comment le choix des magasins a-t-il été fait ? « Montant du bail, trafic client… les problématiques sont différentes selon chaque magasin mais ils perdent de l'argent », résume une porte-parole du Printemps.

Rajeunir la clientèle

Bien que violente, la crise sanitaire du Covid n'a pourtant été qu'un catalyseur. « Depuis 2016, le groupe perd du chiffre d'affaires, la perte opérationnelle est importante, le marché de l'habillement est en baisse de 15 % depuis dix ans tandis que le e-commerce explose, reprend la même responsable. Ensuite, sont venus se greffer des problèmes conjoncturels : les attentats, les manifestations des Gilets jaunes, grèves… et le Covid a aggravé une situation déjà dramatique. Il s'agit aujourd'hui de sauver le groupe. »

Nommé en octobre, le nouveau président Jean-Marc Bellaiche a décidé d'agir. Fort de ses expériences au Boston Consulting Group, chez Tiffany et à la direction de la licorne Contentsquare, l'homme de 50 ans connaît à la fois le monde du luxe, des grands magasins et les comportements des acheteurs en ligne.

S'il le précisera lui-même d'ici à quelques mois, « le plan repose sur trois axes, détaille la communication : l'adaptation du réseau de magasins, la réorganisation des fonctions support et la relance du groupe en investissant l'argent économisé sur le digital, l'omnicanalité (NDLR : le fait de vendre à la fois en ligne, en click and collect ou en magasin physique) et l'expérience retail (NDLR : lors de l'achat). Il faut réenchanter le magasin et diversifier notre clientèle. »

En clair, la rajeunir et la démocratiser, notamment en développant les ventes en ligne.« La stratégie menée depuis quelques années — à savoir miser sur le luxe et la clientèle internationale chinoise — ne marche pas, pointe Jean-Jacques Liebert, délégué syndical central CGT. Ces cinq dernières années, la perte s'élève à 30 millions d'euros. C'est colossal. Nous n'avons cessé d'alerter sur le fait qu'on allait dans le mur. Et là, on vient de se le prendre. Les salariés sont abattus. »

Pour limiter l'impact de ces 428 suppressions de postes, la direction assure qu'elle privilégiera le reclassement interne et externe des salariés et fera appel à un partenaire pour trouver des repreneurs pour ses magasins. Le processus d'information-consultation des salariés pourrait durer quatre mois. « Au niveau du groupe, il n'y aura aucun licenciement contraint avant juillet 2021, date des premières fermetures », affirme la porte-parole du Printemps.

Quid des salariés travaillant sur les stands des marques?

Les derniers magasins concernés pourraient tirer le rideau en janvier 2022.Mais la casse sociale s'annonce d'ores et déjà bien plus grande. « En plus de ces suppressions de postes, il y a aussi tous ces salariés qui travaillent pour les marques et qui vont être touchés lorsque les magasins vont fermer, pointe Jean-Jacques Liebert. Au magasin de la place d'Italie, cela doit représenter environ la moitié des gens sur place. »

Le Printemps de la place d’Italie, à Paris, est condamné. /DR
Le Printemps de la place d’Italie, à Paris, est condamné. /DR  

Après la faillite de Lord & Taylor, la plus ancienne chaîne de grands magasins américaine fondée en 1826, et le plan de réorganisation du Printemps, fondé en 1865, faut-il craindre une chute en cascade de tous les grands magasins, et notamment des Galeries Lafayette ?

« Les Galeries Lafayette ont déjà vendu leurs petits magasins de province il y a deux ans et le groupe connaît de meilleures performances que le Printemps ces dernières années, nuance Cédric Ducrocq, président de la société de conseil DiaMart. Mais il est vrai qu'elles ont beaucoup souffert ces derniers mois avec le Covid. »