La crise du Covid remet en selle le dialogue social

Le président du Medef a proposé un agenda de discussions aux syndicats et à l’ensemble des organisations patronales. Coïncidence ? Dans la foulée, Jean Castex a lancé les invitations pour une nouvelle conférence sociale le 15 mars.

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 Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (au premier plan), lors d’une conférence sociale organisée à Matignon le 26 octobre 2020.
Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (au premier plan), lors d’une conférence sociale organisée à Matignon le 26 octobre 2020. Abaca/Pool/Jacques Witt

Les grands-messes sociales, avec le banc et l'arrière banc des acteurs de la démocratie sociale, sont rangées au rayon des souvenirs. Le temps où les exécutifs de tous bords réunissaient en grande pompe les partenaires sociaux à Matignon ou à l'Elysée pour des journées marathons, avec des décisions prises souvent avant la rencontre et annoncées sur le perron, a fait long feu depuis 2018.

Mais un nouveau genre a émergé avec la crise du Covid : les conférences du dialogue social, lancées par Jean Castex. Un rendez-vous sans flonflons ni trompettes où il s'agit de mettre tout le monde autour de la table (en visioconférence) pour traiter les différents sujets qui s'imposent dans l'actualité économique et sociale et faire des points d'étape réguliers. Depuis son arrivée à Matignon en juillet, le Premier ministre a déjà convoqué deux conférences. Selon nos informations, la prochaine vient d'être fixée au 15 mars. Les invitations sont parties par mail jeudi 18 février.

Le Medef veut «repenser le rôle des partenaires sociaux»

« Ce type de rendez-vous, c'est avant tout du pragmatisme, commente Yves Veyrier, secrétaire général de FO. L'occasion aussi pour nous de réagir aux idées bonnes ou mauvaises du gouvernement », poursuit-il. C'est dans ce cadre, par exemple, que la question des chômeurs en fin de droits a évolué et est traitée au fil de l'eau, comme la situation des saisonniers ou encore le dossier du télétravail, avec notamment la journée « soupape » qui a vu le jour, à la demande des organisations de salariés et d'employeurs. Une méthode de dialogue permanent qui fait parallèlement chauffer les téléphones, avec des échanges quasi quotidiens entre Matignon, les ministères concernés et les responsables des états-majors patronaux et syndicaux. « La crise sanitaire a accéléré la prise de conscience des pouvoirs publics. Ils se sont rendu compte qu'on était bien utiles dans une situation économique et sociale difficile » observe, un brin ironique, Yves Veyrier.

A la surprise quasi générale, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, dont on pensait qu'il n'affectionnait pas particulièrement le dialogue social hors des murs de l'entreprise, a décidé lui aussi de raviver la flamme du dialogue « autonome » entre patronat et syndicats, autrement dit sans le gouvernement. Dans un courrier envoyé mardi 16 février à l'ensemble des organisations, le Medef a proposé d'ouvrir un dialogue pour « repenser le rôle des partenaires sociaux ». Une démarche accueillie plutôt favorablement, l'occasion de retisser des liens qui s'étaient un peu distendus, notamment avec la réforme sur l'assurance chômage, dernière grande négociation interprofessionnelle, qui avait tourné au dialogue de sourds et échoué.

L'invitation surprise de Matignon

« Il y a une crise de confiance des Français qui ne nous épargne pas, une société qui change, des mutations profondes dont il faut nous emparer », fait valoir Geoffroy Roux de Bézieux. Une nécessité d'autant plus importante à ses yeux avec « la montée en puissance du rôle de l'Etat, qui entend jouer dans la législation économique et sociale du monde du travail sans toujours veiller à une parfaite concertation entre toutes les parties prenantes ». Pour le patron des patrons, « les accords signés récemment sur le télétravail et la santé au travail démontrent que le dialogue social est utile ».

Pas sûr que cette initiative soit vue d'un très bon œil par le gouvernement : elle a tout, en effet, du contre-feu aux travaux d'Hercule lancés par Jean Castex l'été dernier avec un agenda social de 17 sujets à traiter jugé irréaliste par les syndicats et le patronat. L'invitation lancée par Matignon à une nouvelle conférence de dialogue sociale le 15 mars est-elle la réponse du berger à la bergère ? « Elle n'était pas prévue et elle est arrivée comme par enchantement deux jours après l'initiative lancée par le Medef », assure un poids lourd patronal. Contacté, Matignon n'a pas répondu à nos sollicitations.