L’huile d’olive de Provence mieux protégée

Elle a obtenu cette année une AOP qui s’étend sur quatre départements et 464 communes. Une reconnaissance de qualité et une arme anti contrefaçon pour les producteurs en pleine récolte.

 Château Virant, Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). La première récolte d’olives depuis la création de l’AOP « Huile d’olive de Provence » est lancée.
Château Virant, Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône). La première récolte d’olives depuis la création de l’AOP « Huile d’olive de Provence » est lancée. LP/Marc Leras LP/Marc Leras

« C'est un travail très physique, mais j'aime être dehors avec ces oliviers, depuis la taille jusqu'à la récolte… » Suzanne Battung s'affaire avec son équipe pour ramasser la tonne quotidienne d'olives qui prendra ensuite la direction du moulin à huile. Les ouvriers agricoles secouent les arbres avec des Olivion, des peignes électriques vibrants, pour faire tomber les fruits sur des filets posés sur le sol. Au cœur des 50 ha de champs d'oliviers argentés qui s'étendent à perte de vue du château Virant, à Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), la récolte a en effet démarré cette semaine et durera environ un mois et demi, mobilisant une trentaine de salariés du domaine et quelques saisonniers.

Mais, pour la première fois, et après vingt ans d'attente et de montage de dossiers, l'huile qui en sera tirée, reconnaissable à son goût d'artichaut et à ses tonalités végétales, sera protégée par une AOP européenne, tant pour l'olive fraîche que pour l'olive maturée, aux saveurs plus prononcées. Produite dans 464 communes, essentiellement dans les garrigues des Bouches-du-Rhône, du Vaucluse, du Var et des Alpes-de-Haute-Provence, l'« Huile d'olive de Provence » a donc rejoint en février dernier les sept autres huiles françaises ayant ce label, disséminées sur la côte méditerranéenne.

Un produit coté à l'étranger

« L'AOP Provence représente 80 % de notre production d'huile, 80 000 litres l'an dernier », raconte Pascal Cheylan au milieu de ses oliviers. Représentant la quatrième génération de producteurs, il gère un domaine également viticole et le plus gros moulin à huile de France avec sa sœur Christine. « Ce label nous apporte une identification régionale et une protection pour nos produits. Cela doit aider à gagner la confiance des consommateurs : le terme Provence est un signe de qualité. »

La chasse aux nombreuses contrefaçons — des huiles importées ornées d'étiquettes locales vendues sur les marchés de la région — est en effet une des traditions de l'été pour la Répression des fraudes. Avec 5000 tonnes annuelles, et seulement 250 000 litres pour l'AOP Provence, la production française d'huile d'olive ne couvre que 4 à 5 % de la consommation nationale, ce qui en fait un produit gastronomique et coté, y compris à l'étranger. Château Virant exporte ainsi son huile made in Provence dans 22 pays, de la Chine à l'Inde, en passant par l'Europe du Nord, le Canada et l'Amérique du Sud.

« Avec cette AOP Provence, nous avons protégé un nom qui fait rêver et qu'on ne peut pas galvauder. Le cahier des charges et la définition géographique de l'appellation ont été un soulagement pour les producteurs, explique Alexandra Paris de France Olive, l'association interprofessionnelle de la filière. Une AOP, c'est d'abord et avant tout une identité, avec ses spécificités, ses originalités… C'est tout un savoir-faire qui est garanti ! »