AbonnésÉconomie

L’essence à nouveau plombée par les taxes ?

Contrairement aux promesses du gouvernement, le projet de loi de finances, examiné à l’Assemblée nationale à partir de ce lundi, prévoit d’augmenter une taxe sur un carburant, l’essence SP95E10.

 La hausse de la taxe sur le sans-plomb SP95E10 se traduirait par une augmentation à la pompe de 30 centimes par plein dès 2021 et de 30 centimes supplémentaires en 2022.
La hausse de la taxe sur le sans-plomb SP95E10 se traduirait par une augmentation à la pompe de 30 centimes par plein dès 2021 et de 30 centimes supplémentaires en 2022. LP/Arnaud Journois

L'adage est bien connu : « Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ». Celles du gouvernement de ne pas toucher aux taxes, et en particulier celles appliquées aux carburants, après la fronde des Gilets jaunes, auraient-elles déjà fait long feu? Le projet de loi de finances (PLF) 2021, dont l'examen a débuté ce lundi à l'Assemblée nationale, prévoit en effet d'augmenter les taxes sur l'essence préférée des automobilistes français : le SP95E10, le sans-plomb contenant 10 % de bioéthanol.

« Le gouvernement prévoit effectivement d'augmenter la TICPE (NDLR Taxe intérieure de consommation des produits énergétiques) d'un centime d'euro par litre sur les deux prochaines années, à raison de 0,5 centime en 2021, puis encore 0,5 centime en 2022 », s'étonne Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA (Syndicat national des producteurs d'alcool agricole), et membre de la Collective du bioéthanol.

Bercy veut réaligner la taxation de l'E10 et de l'E5

Ce qui se traduirait de fait, à la pompe, par une augmentation moyenne de 30 centimes pour chaque plein dès l'année prochaine. Et encore 30 centimes supplémentaires l'année suivante, soit 60 centimes en cumul sur les deux années.

« Une hausse loin d'être négligeable, reprend Sylvain Demoures. Alors que les automobilistes plébiscitent ce carburant parce qu'il est moins cher, car moins taxé. » Et plus écologique et « made in France » également, puisque l'éthanol qui est ajouté à l'essence provient uniquement de la fermentation alcoolique de sucre, soit à base de betterave, soit d'amidon de maïs ou de blé, et d'origine 100 % française.

L’essence à nouveau plombée par les taxes ?

« La différence de taxation entre l'E5 ( NDLR : qui, contrairement à ce que laisse penser sa dénomination, contient non pas 5 % mais 7,5 % d'éthanol ) et l'E10, introduite en 2016, avait vocation à être temporaire, justifie-t-on du côté de Bercy. Il s'agissait alors d'en privilégier sa diffusion. L'objectif est aujourd'hui désormais atteint, puisque l'E10 représente désormais plus de la moitié de la consommation, et l'E5 l'autre moitié. Sachant que les taxes sur l'E5 vont en parallèle diminuer d'autant, ce qui compensera. » Il s'agirait également, toujours selon Bercy, de répondre à une évolution des règles européennes prévues pour 2021 sur les aides allouées aux biocarburants.

Plusieurs députés s'opposent à cette hausse

Des arguments loin de convaincre les associations d'automobilistes, mais également certains députés. Le groupe MoDem a ainsi déposé en commission des Finances un amendement pour s'opposer à cette hausse de taxe. Et s'il a pour le moment été refusé, Bruno Duvergé, député du Pas-de-Calais en charge de la Transition énergétique au sein du groupe, prévoit déjà de revenir à la charge lors d'une prochaine réunion en commission.

« Augmenter la fiscalité de l'essence, et donc son prix à la pompe, c'est renchérir encore un peu plus le prix d'appel de la mobilité des Français, alors qu'on vit l'une des périodes les plus difficiles de notre histoire contemporaine », s'insurge de son côté Pierre Chasseray, porte-parole de l'association 40 millions d'automobilistes.

D'autant qu'il est à redouter qu'une fois le gros de la crise du coronavirus passé, le retour de la demande ne pèse à nouveau sur les prix du pétrole, et donc sur ceux à la pompe. « On sera alors peut-être en pleine campagne présidentielle, reprend Pierre Chasseray. Avec le risque que ce centime supplémentaire ne soit à nouveau la goutte de sans-plomb qui fasse déborder le réservoir. »