«Je suis rentrée juste à temps» : à Roissy, les voyageurs comprennent les restrictions aux frontières

Globalement, la décision gouvernementale de limiter les déplacements hors de l’Union européenne est bien acceptée. Beaucoup de passagers sont toutefois soulagés d’être rentrés dès ce dimanche, premier jour de la mise en place des restrictions.

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 A l’aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise) ce dimanche 31 janvier, les départs internationaux se font au compte-gouttes.
A l’aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise) ce dimanche 31 janvier, les départs internationaux se font au compte-gouttes. LP/Olivier Corsan

Le teint hâlé, le sourire radieux derrière le masque, Sofia pousse son chariot à bagages vers la zone des taxis du terminal 2E de l'aéroport Roissy - Charles-de-Gaulle (Val-d'Oise). « Je reviens de dix jours de vacances à Dubaï », annonce cette élégante agente immobilier de 47 ans. Restaurants, plage, piscine… Sofia a voulu « en profiter avant qu'on ne nous oblige à nous vacciner pour voyager », explique cette antivaccin convaincue.

L'annonce de la fermeture des frontières par le Premier ministre Jean Castex, vendredi soir, n'a pas modifié ses plans. « Je suis rentrée juste à temps », croit savoir Sofia. Avant de réaliser : « Ah… C'est appliqué depuis ce dimanche matin à 0 heure? J'avais compris que les mesures débutaient dimanche soir à minuit. Ce n'était pas très clair. C'est donc pour ça qu'on nous a fait remplir un questionnaire dans l'avion, comme si on rentrait dans un pays étranger… »

« Nous avons eu peur de ne pas réussir à rentrer quand nous avons entendu Jean Castex, confient Rachida et Lyamine, de retour de neuf jours de vacances à Zanzibar et à Dubaï. Mais on s'est présentés à l'aéroport et on a pu partir sans problème. Nous avions fait le test PCR là-bas et nous avons rempli un questionnaire qui a été ramassé juste avant l'arrivée. » Le couple originaire de la région parisienne est soulagé d'avoir pu profiter et revenir sans encombre de son voyage, réservé il y a deux mois. « Je pense qu'avoir un vol demain ou après-demain aurait été plus compliqué », évalue Rachida.

Margaux : «Je ne savais pas si je rentrais dans les motifs impérieux»

Margaux, étudiante, est allée passer un mois et demi chez ses parents expatriés en Thaïlande./LP/Olivier Corsan
Margaux, étudiante, est allée passer un mois et demi chez ses parents expatriés en Thaïlande./LP/Olivier Corsan  

Pour ne pas courir de risques, Margaux a choisi d'avancer d'une journée son retour de Bangkok (Thaïlande), où elle vient de passer un mois et demi chez ses parents expatriés. « Je ne savais pas si je rentrais dans les motifs impérieux et le consul de France m'a conseillé de partir le plus tôt possible », explique cette étudiante de 20 ans en école de commerce. A l'aller, Margaux avait dû respecter deux semaines de quarantaine, isolée dans un hôtel de Bangkok, à ses frais, soit 1000 euros. Si la jeune femme est «soulagée» d'avoir pu rentrer, elle trouve « compréhensible que la France ferme les frontières ».

Même tonalité de la part de Caroline et Jules, 30 ans chacun, de retour du Costa Rica. « Entre des restrictions aux frontières et un confinement, je préfère la première solution », ne cache pas cette blonde élancée. La déclaration sur l'honneur que le couple a rempli dans l'avion, personne ne l'a ramassée, ni vérifiée. « C'est le premier jour, on leur pardonne », s'amusent les Parisiens, trop heureux d'avoir pu s'envoler à la dernière minute pour l'Amérique latine. « Là-bas, ils nous prennent la température tout le temps, les restaurants sont ouverts, avec un grand respect des distances sociales, ça m'a l'air plus efficace », juge Jules.

Hiba, qui vit aux Emirats arabes unis depuis deux ans, vient rendre visite à sa famille en Charente./LP/Olivier Corsan
Hiba, qui vit aux Emirats arabes unis depuis deux ans, vient rendre visite à sa famille en Charente./LP/Olivier Corsan  

Jogging noir et haut en velours côtelé camel, Hiba tire ses deux gigantesques valises rose nacré dans le hall des arrivées. « Je suis résidente à Dubaï, où je travaille depuis deux ans. Je suis rentrée en France pour passer un mois avec ma famille en Charente, explique la jeune brune au carré. Je m'inquiète un peu pour le retour. Mais je trouverai bien un moyen de rentrer ! »

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Un étage plus haut, toujours dans le terminal 2E dans lequel ont été concentrés la plupart des vols, très réduits en ces temps de pandémie, les départs se font au compte-gouttes. « Il y avait six vols pour Beyrouth par jour, puis trois, et ils vont passer à trois par semaine, témoigne Mireille, une enseignante-chercheuse libanaise, avant de franchir les portiques de sécurité. J'ai eu peur de ne pas pouvoir rentrer. Ces mesures sont justifiées. Il faut qu'on fasse tous plus attention. Je viens de perdre une tante, âgée de 60 ans, du Covid. »

Philippe : «Je devais partir en vacances en Guadeloupe en mars et j'ai bien peur de devoir annuler»

Philippe s’envole pour Le Caire (Egypte) où il s’occupe «de la mise en service de chaudières industrielles, cela ne peut pas être fait à distance»./LP/Olivier Corsan
Philippe s’envole pour Le Caire (Egypte) où il s’occupe «de la mise en service de chaudières industrielles, cela ne peut pas être fait à distance»./LP/Olivier Corsan  

Perplexe devant l'automate qui édite les cartes d'embarquement, Philippe, bougonne. « Ils nous embêtent, lâche-t-il. Je devais partir en vacances en Guadeloupe en mars et j'ai bien peur de devoir annuler. » Ce cadre de 64 ans s'envole pour Le Caire (Egypte) dans quelques heures, puis au Danemark, la semaine prochaine pour le travail. « Je m'occupe de la mise en service de chaudières industrielles, cela ne peut pas être fait à distance », explique Philippe.

S'il est au courant des restrictions, le sexagénaire ne s'est pas pour autant muni de l'attestation de déplacement pour motifs impérieux. « Mon entreprise m'a écrit une lettre de mission, ça doit suffire », estime-t-il. Contaminé par le Covid en début d'année, Philippe a fait un test (négatif) et en repassera un nouveau au Danemark, avant son départ. Depuis trois semaines déjà, ce pays impose à tous les passagers, y compris Danois, d'être muni d'un test négatif de moins de 24 heures.

Motif impérieux, mode d’emploi

Les déplacements des Français vers un pays situé hors de l’espace européen (Etats membres de l’Union européenne, ainsi qu’Andorre, l’Islande, le Liechtenstein, Monaco, la Norvège, Saint-Marin, la Suisse et le Vatican), ainsi que les Dom-Tom, sont désormais conditionnés à un « motif impérieux », qui peut être de trois types : sanitaire, familial ou professionnel.

Sont notamment justifiés les voyages liés au « décès d’un membre de la famille en ligne directe » (avec le certificat de décès), une « urgence médicale vitale » (pour la personne ainsi qu’un accompagnant si sa présence est indispensable, avec un certificat médical). Feu vert aussi pour les étudiants « en début, reprise ou fin de cycle d’études » (avec certificat de scolarité), les voyages d’affaires (avec attestation de l’employeur) ou le retour vers le pays de résidence (avec justificatif).

Dans tous les cas, les voyageurs doivent présenter un test PCR négatif de moins de soixante-douze heures. L’attestation est à télécharger sur Interieur.gouv.fr.