Interdiction des chaudières au fioul : le compte à rebours a commencé

A partir du 1er janvier 2022, il sera interdit de remplacer sa chaudière au fioul. Alors que plus de 3 millions d’habitations sont équipées de ce mode de chauffage très polluant, des aides publiques devraient compenser (en partie) la facture.

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 Le gouvernement estime qu’en 2028, la quasi-totalité des appareils auront été remplacés par des modèles plus écologiques.
Le gouvernement estime qu’en 2028, la quasi-totalité des appareils auront été remplacés par des modèles plus écologiques. PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/Claude Prigent

Ça sent le gaz pour les chaudières au fioul. A compter du 1er janvier 2022, il sera interdit d'installer de nouveaux modèles dans les logements existants. Dans le neuf, l'interdiction démarrera même le 1er juillet 2021. Entre 3 et 3,5 millions de particuliers sont concernées par cette mesure dont le décret, que nous avons pu consulter en exclusivité, sera soumis à la consultation aujourd'hui avant d'être publié au printemps.

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Le gouvernement estime qu'en 2028, la quasi-totalité des appareils auront été remplacés… par des modèles plus écologiques. Car c'est bien l'objectif de cette chasse aux chaudières : réduire les émissions de CO2. « Le chauffage au fioul d'une maison moyenne de 100 m² pendant un an représente 50 000 km en voiture », a-t-on calculé au ministère d'Emmanuelle Wargon, la ministre déléguée au Logement.

Réparer sa chaudière restera possible

De quoi faire culpabiliser les propriétaires de ce type d'installation? Il ne s'agit pas, en tout cas, de leur mettre le couteau sous la gorge. Au ministère de la Transition écologique, on prévient que les propriétaires pourront changer des pièces ou réaliser des travaux en cas de besoin, bien après le 1er janvier prochain. « Il n'est pas question de les forcer à changer leur chaudière si elle fonctionne encore », précise-t-on. Ce n'est qu'en cas de panne définitive, souvent après vingt ans d'utilisation, qu'il faudra opter pour un autre mode de chauffage.

Mais l'opération n'est pas toujours aisée alors que les chaudières au fioul sont souvent installées dans des maisons anciennes en zone rurale. Mettre un chauffage au gaz ? Impossible si le gaz de ville n'est pas distribué. Installer une pompe à chaleur ? Compliqué si le débit électrique est limité. Une chaudière à granulés ? Irréalisable dans des petites habitations…

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« En cas d'impossibilité technique manifeste, il pourra y avoir des exceptions, reconnaît Emmanuelle Wargon. Mais cela restera marginal. » Dans le décret, il est en effet précisé qu'en cas « d'absence de solution de raccordement à des réseaux de chaleur ou de gaz naturel et lorsque l'installation d'un nouvel équipement […] nécessite des travaux de renforcement sur le réseau de distribution publique d'électricité », l'interdiction d'installer une chaudière au fioul ne sera « pas applicable ».

Le fioul coûte beaucoup plus cher à l'usage

Et pour les propriétaires concernés par le changement, le gouvernement peut mettre en avant les économies réalisées. En effet, une chaudière au fioul coûte entre 1500 euros et 3000 euros par an, contre 500 euros à 1000 euros pour une pompe à chaleur et 750 euros à 1500 euros pour un chauffage au gaz ou une chaudière à granulés. L'investissement peut donc être rentabilisé en quelques années, d'autant que des aides, publiques et privées, prennent en charge une partie des dépenses d'installation.

Interdiction des chaudières au fioul : le compte à rebours a commencé
Interdiction des chaudières au fioul : le compte à rebours a commencé

Reste que pour les ménages modestes, il est impossible de débourser plusieurs milliers d'euros pour installer un système dernier cri. « Pour changer ma chaudière au fioul, il faut que j'emprunte 12 500 euros et, à 78 ans, qui va me les prêter ? », interroge Paul Lessana, qui a fait faire des devis. « Pour les mensualités de remboursement, les banques prennent souvent en compte les économies d'utilisation réalisées chaque mois, pointe-t-on au cabinet d'Emmanuelle Wargon où l'on souligne l'existence d'aides locales et d'un fonds de garantie spécial pour les plus modestes. En fonction des profils, il peut encore y avoir des trous dans la raquette mais c'est marginal. »